lundi 8 octobre 2018

Pourquoi comparer Occident et Extrême-Orient ?


Depuis les premiers contacts des missionnaires chrétiens au XVIIIe siècle, une véritable fascination pour l’Asie, la Chine et le Japon était née en Occident dans la bonne société. Leibniz en a témoigné en son temps. Au XXe siècle, la crise de la pensée européenne a amplifié l’ancien attrait qui s’est accompagné du déni d’une culture occidentale devenue hybride et infirme. Aux yeux d’Européens déboussolés, le bouddhisme et sa variante zen, ou le taoïsme, reposant sur le principe d’impermanence du monde, sont apparus comme des sagesses de substitution.
Les fait est que les « Extrêmes-Orientaux », victimes de l’intense démoralisation consécutive aux deux guerres mondiales, ont souvent perdu foi dans les évidences enseignées à leurs aïeux. Ils avaient donc tendance à chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvaient plus chez eux. Cet engouement pour l’exotisme reposait aussi sur un oubli de soi confinant souvent au mépris. Il y avait bien des raisons à cela. Parmi celles-ci, la fossilisation de nos plus anciens classiques par des générations de professeurs blasés. Je me souviens de la stupéfaction d’une étudiante en lettres classiques à la Sorbonne. Travaillant avec sincérité, elle ne songeait pas seulement aux examens, mais à ce que les textes étudiés pouvaient lui apporter pour comprendre le monde et conduire sa vie. Son professeur était surpris et presque indigné de la voir prendre au sérieux Homère : « Mais on dirait que pour vous Homère est vivant ! » Pour lui, bien entendu, cet Homère dont il enseignait la traduction était une matière morte, comme l’étaient tous les auteurs antiques. C’est sans doute une différence majeure avec l’Asie qui, sauf pendant la période maoïste, n’a pas cessé d’étudier ses classiques pour en tirer des enseignements de vie.

Si l’on veut réfléchir de façon neuve à notre façon d’être des Européens, un détour par le Japon se révèle précieux. Tout d’abord, il permet de regarder autrement notre histoire, notre destin, nos valeurs et nos comportements. Par un exercice d’histoire comparée, il donne à notre esprit l’occasion de respirer. Le comparatisme modifie l’angle de vue, il élargit la vision et donne à penser autrement.
Durant la longue période féodale, du XIIe au XIXe siècle, à la différence de l’Europe, le Japon des shiguns a vécu fermé aux étrangers, se désintéressant volontairement du monde extérieur, se concentrant sur lui-même. C’est pourtant durant cette période que s’est perfectionnée sa haute civilisation autant que l’éthique martiale du Bushido et du Hagakure. L’exemple du Japon montre que l’on peut, suivant les mots d’Ortega y Gasset, « commander » chez soi, sur soi, dans son propre monde, même en se détournant de toute conquête extérieure. A certaines conditions, il n’est pas impossible de maintenir un « régime de haute hygiène, de grande noblesse, de constants stimulants qui excitent la conscience de la dignité » (José Ortega y Gasset, La révolte des masses).

Dominique Venner, Samouraï d’Occident