dimanche 12 août 2018

L'infantilisation des adultes trouve son pendant symétrique dans l'hypersexualisation de l'enfance


L'infantilisation des adultes trouve son pendant symétrique dans l'hypersexualisation de l'enfance, notamment celui des petites filles, transformées en nymphettes avec l'aval de leurs parents (soutiens-gorge rembourrés portés sur la plage dès l'âge de 6 ans, strings en taille 8 ans, tangas, minijupes, jeans slim, trousses de maquillage pour 9-10 ans, concours de beauté "mini-miss", etc.), qui a fait l'objet de plusieurs rapports récents. Là aussi, la logique du profit y trouve son compte : aux États-Unis, les 8-14 ans représentent un marché annuel de 260 milliards de dollars. Dans le même temps, on note une généralisation des pubertés précoces, aussi bien chez les filles (l'âge des premières règles ne cesse de s'abaisser) que chez les garçons. Or, les pubertés précoces aggravent le risque de problèmes psychologiques et ralentissent prématurément la croissance, particulièrement chez les filles.
     On a donc, d'un côté, des femmes qui doivent tout concilier, leur vie privée, leur activité professionnelle, leur vie de couple et le temps pour s'occuper des enfants, de l'autre des garçons qui ne doivent pas trop s'affirmer sous peine de passer pour des machos ou des violeurs en puissance, et des filles qui s'essaient de plus en plus jeunes aux techniques de séduction. Le dénominateur commun est la dévalorisation de la masculinité, sous toutes ses formes. Réduite à ses formes les plus caricaturales - agressivité et brutalité -, la virilité a cessé d'être une valeur en Occident. Le mot "viril" a pris une acception ironique, sinon péjorative. Dans l'histoire, la virilité avait traditionnellement trouvé son assomption dans l'héroïsme. Mais l'héroïsme lui-même n'est plus très bien vu, car il évoque trop souvent  le guerrier : de nos jours, il est plus convenable d'être une victime qu'un héros (sauf quand l'héroïsme ne se caractérise plus que par la souffrance, se rapprochant ainsi de la figure du martyr). "Des siècles durant, écrit Paul-François Paoli, l'homme tenait sa légitimité du fait qu'il pouvait être amené à mettre sa vie en jeu (...) Au sacrifice féminin de la naissance correspondait le sacrifice possible de l'homme face à l'adversité (...) La guerre a perdu sa légitimité, et le courage comme vertu n'est plus décisif dans les conflits contemporains, car la dimension technologique prime sur l'héroïsme individuel. Ainsi, alors que la femme a conservé intacte sa spécificité  anthropologique fondamentale, celle d'engendrer, tout en acquérant les droits liés à son individualité, l'homme a perdu une partie de son antique prérogative : celle de protéger, de défendre ou d'attaquer, donc de tuer."
     Le résultat est que "les homes ne savent plus comment se comporter, d'autant que la société valorise le féminin de façon éhontée (...) Il est demandé aux hommes de développer des qualités féminines, comme si les femmes avaient tout juste et les hommes tout faux". On enjoint aux hommes de féminiser leur apparence (le marché de la beauté masculine explose). On leur demande d'être des femmes comme les autres, "d'exprimer leurs émotions". "Je suis un homme d'aujourd'hui, c'est-à-dire une couille molle" : ainsi commence le roman de Frédéric Pajak, La Guerre sexuelle. Les hommes se transforment en biberonneurs adjoints, changeurs de couches et pousseurs de caddies, tandis que les femmes à leur partenaire un nouvel éventail de qualités : être performant au lit et savoir monter la commode Ikéa, raccompagner la baby-sitter et se souvenir des dates de vaccins des enfants, avoir beaucoup de temps libre tout en gagnant de l'argent qu'elles pourront dépenser, les faire rire mais sans se prendre la tête, "être tendre et dur à la fois. Présent sans être pressant, amoureux sans être collant, désirant mais pas obsédé. Professionnellement gratifiant sans se croire supérieur. Énergique mais pas macho, métrosexuel efféminé ou convivial culpabilisé, dominateur simplement gentil, mais pas trop, etc". Certains se plient de plus ou moins bon gré à l'exercice, beaucoup préfèrent renoncer.

Alain de Benoist, Les démons du Bien