dimanche 22 juillet 2018

Une société dans laquelle le père n’assume plus cette fonction fabrique par milliers des individus immatures et narcissiques


Une société dans laquelle le père n’assume plus cette fonction – soit qu’il ne le veuille plus, soit qu’il ne le puis plus – est une société qui fabrique par milliers des individus immatures, narcissiques, qui n’ont jamais pu résoudre leur complexe d’Œdipe. L’idéologie du genre s’inscrit elle-même dans le droit fil d’une critique de l’autorité de la Loi symbolique identifiée au Père, qui trouve son origine dans la pensée libérale. Jean-Claude Michéa, pour le citer à nouveau, a bien montré que cette reconfiguration anthropologique est en parfaite adéquation avec une civilisation capitaliste qui a tout intérêt à délégitimer toutes les figures de l’autorité, afin que se généralise ce « nouveau type d’individu artificiellement maintenu en enfance, dont le consommateur impulsif représente la figure emblématique et dont l’addiction à la jouissance immédiate est devenue le signe distinctif ». « La civilisation libérale, ajoute-t-il, est la première, dans l’histoire de l’humanité, qui tende par principe à priver le sujet individuel de tous les appuis symboliques collectifs nécessaires à son humanisation et qui rende ainsi de plus en plus problématique ce décollage indispensable d’avec la mère sans lequel il n’y a pas d’autonomie personnelle concevable. » 
     L’homme immature devient un enfant à materner. Les fils eux-mêmes ont le plus grand mal à devenir pères, car la figure du père a été désymbolisée et privée de ses attributs traditionnels. « Or, qu’est-ce qu’un fils qui ne devient pas père ? C’est un immature qui le reste d’autant plus que les pères eux-mêmes envient la jeunesse éternelle. » Une génération d’enfants sans pères est en train d’apparaître, qui n’est plus en mesure de concevoir ce qu’est la virilité, ou la simple masculinité, parce qu’elle n’a plus de modèles pour la concevoir, se former et s’identifier. « C’est parce que les pères ne sont plus des pères et les mères des mères que les fils ont tant de mal à être des hommes et les filles des femmes », écrit lui aussi Michel Schneider, qui ajoute : « Dans une société de moins en moins ‘œdipienne’, qui tend à dénier la différence générationnelle et celle des sexes, comment s’étonner que chez de plus en plus d’adultes la pulsion sexuelle retourne vers les objets et les satisfactions de l’enfance ? » Peuplée d’adultes qui ne sont jamais devenus vraiment adultes, la société devient une sorte de gigantesque jardin d’enfants, où les pouvoirs publics jouent le rôle d’une « Big Mother »

Alain de Benoist, Les démons du Bien