dimanche 1 juillet 2018

Le massacre des Serbes lors de la Seconde guerre mondiale


La révolte des Serbes de Bosnie-Herzégovine, elle, répond au seul souci de survie. Incorporée de force dans l'Etat indépendant de Croatie, la région, habitée à 67% par des Serbes, est le théâtre d'un bain de sang inouï depuis le mois d'avril. Conformément à la volonté d'Anté Pavelic.
     Dès son arrivée à la tête de l'Etat croate, le Poglavnik (le chef, en croate) a indiqué ses priorités à son peuple rassemblée sur la grande place de Zagreb : "J'ai abattu l'arbre, s'est-il vanté en faisant allusion à l'assassinat du roi Alexandre. A vous de tailler les branches : le peuple serbe." Et Pavelic de donner une légitimité officielle à ses propos en promulgant décret sur décret. Le 30 avril, une "Réglementation juridique pour la protection du sang aryen et de l'honneur du peuple croate" interdit tout mariage avec un non-aryen : sont visés Juifs, Tziganes et Serbes, ces derniers étant considérés comme des "Valaques". Dans les tramways, à l'entrée des parcs et des restaurants fleurissent des panneaux : "Interdit aux Serbes, aux Juifs, aux Tziganes et aux chiens". Arrestations, emprisonnements, déportations se multiplient. Bientôt les Serbes sont tenus de porter leur étoile jaune, une bande de couleur bleue portant la lettre P : "pravoslavni", orthodoxe. Les motivations des oustachis ne sont en effet pas seulement raciales, mais aussi religieuses. Suscitée par l'Eglise catholique croate à la tête de laquelle siège Mgr Stepinac, une campagne de conversion forcée au catholicisme est lancée dans tout le pays. Une mission "confiée", jusqu'en novembre 1941, à un père franciscain, Dionizje Jurcev. "Dans ce pays, déclare-t-il dans un discours, nul autre que les Croates ne peut vivre car ce pays est croate et ceux qui ne voudront pas se convertir, nous savons où nous les enverrons. Aujourd'hui, il n'y a pas de péché à tuer même un petit enfant de sept ans qui fait obstacle à notre mouvement oustachi. Oubliez que je porte des habits sacerdotaux : sachez que je peux, lorsque c'est nécessaire, prendre une mitraillette et exterminer jusqu'au berceau tout ce qui s'oppose à l'Etat et aux autorités croates."
     Propos de cauchemar que des Croates et même musulmans à qui Muhamad Pasa, un de leurs dignataires religieux, a expliqué que "la seule voie pour la jeunesse musulmane est la voie de Hitler et de Pavelic", s'empressent de mettre en application. Au cours de l'été 1941, des centaines de milliers de Serbes - hommes, femmes, enfants - sont massacrés dans toute la Croatie : torturés, écorchés vifs, pendus, décapités, hachés en morceaux. Leurs corps sont parfois jetés dans des barques mises à l'eau sur la Save, la Drave ou le Danube. Accrochées à leur cou, des pancartes : "Direction Belgrade, pour le roi Pierre", "Viande pour le marche de Belgrade". Une horreur absolue. Un génocide dont l'ampleur effraie même les Allemands. Ainsi le général Glaise von Horstenau qui, le 10 juillet, évoque dans un rapport "le traitement absolument inhumain que l'on fait subir aux Serbes vivant en Croatie" et se plaint de "n'avoir pu faire autre chose que d'observer la fureur aveugle et sanguinaire des oustachis".

     Curzio Malaparte, alors correspondant de guerre pour Il Corriere della Serra, a eu l'occasion de rencontrer l'homme responsable de cette folie collective. Une entrevue dans son roman Kaputt, publié après la guerre : 
     "Tandis que Pavelic parlait, j'observais un panier en osier posé à sa droite sur le bureau. Le couvercle était légèrement soulevé et l'on pouvait voir que le panier était plein de fruits de mer. Tout au moins, c'est ce que je crus y voir ; on eût dit des huîtres mais déjà retirées de leurs coquilles, comme on le voit parfois sur les grandes toiles dans les vitrines de Fortnum and Mason à Picadilly à Londres. Casertano, ami de Ciano et ministre plénipotentiaire de l'Italie à Zagreb, me regarda en clignant de l'oeil.
     - Ca te dirait quelque chose, hein ? 
     - Ce sont des huîtres de Dalmatie ? demandais-je à Pavelic.
      "Celui-ci saisit le couvercle du panier et, me montrant ses "fruits de mer", cette masse d'huîtres gluantes et gélatineuses, me dit avec un sourire, son bon sourire las :
     - C'est un cadeau de mes fidèles oustachis. Ce sont vingt kilos d'yeux humains." 

Jean-Christophe Buisson, Mihailovic. Héros trahi par les alliés