vendredi 25 mai 2018

Revenu des agriculteurs : les chiffres restent inquiétants


Selon les chiffres de la Mutualité sociale agricole (MSA), le revenu annuel des agriculteurs est en légère hausse en 2016. Une hausse encourageante, mais « hétérogène selon les régions », précise la MSA. 

À la veille de l'intervention du président de la République dans le cadre des États généraux de l'alimentation (EGA), les nouveaux chiffres sur le revenu moyen des agriculteurs inquiètent. Selon un «premier bilan» de la Mutualité sociale agricole (MSA), les agriculteurs ne gagnent en moyenne que 15.000 euros par an, soit 1250 euros moyens par mois. Certes, ce chiffre est supérieur à celui de 2015 (13.000 euros par an), mais il est surtout dépendant de l'hétérogénéité régionale qui règne dans l'agriculture hexagonale. Les annonces présidentielles sont d'autant plus attendues que la crise agricole semble s'être renforcée. Ce mercredi 11 octobre, Emmanuel Macron devrait dévoiler des mesures particulièrement attendues par les exploitants sur la question salariale. » 

En 2016, près de 20% des exploitants ne pouvaient pas se verser de salaires alors que 30% d'entre eux touchaient moins de 350 euros par mois. En 2015 déjà, un tiers des agriculteurs touchaient moins de 350 euros par mois et en 2014, ils étaient 18%. Ces données particulièrement inquiétantes se concentrent notamment sur certaines régions du sud-ouest (Sud Aquitaine et Midi Pyrénées Sud) touchées par la grippe aviaire, du centre (Berry Touraine et Beauce Cœur de Loire) touchées par les inondations, et dans la Mayenne Orne Sarthe. 

De plus, les revenus sont variables selon les secteurs agricoles exercés. Par exemple, la viticulture se porte bien mieux que le secteur laitier, aux performances bien plus faibles en 2016 (respectivement 19.000 et 10.000 euros annuels moyens). 

Autre point inquiétant, le nombre de faillite a progressé de 3,8% l'an dernier. Pour la MSA, les exploitants traversent bien «un contexte de crise agricole justifiant le recours a des accompagnements personnalisés». 

« Cette légère augmentation s'expliquerait davantage par une baisse des charges que par une évolution des recettes ». Mutualité sociale agricole 

Les chiffres que présente la MSA sont à prendre avec un certain recul. En effet, ils ne sont pas à mettre sur le compte d'une reprise de l'agriculture, mais sur celui d'évolutions gouvernementales. En 2016, la production agricole française a chuté de 6,6%, selon une note de l'INSEE. En cause notamment, les mauvaises conditions météorologiques de l'année qui ont détruit une partie de la production agricole, ou encore la chute des cours de certaines productions accompagnée d'une baisse des prix, selon cette même note. » 

Ainsi, la MSA précise dans son bilan, que «cette légère augmentation s'expliquerait davantage par une baisse des charges 2016 que par une évolution des recettes». Il faut alors retourner au 31 mars 2016 et la publication au Journal officiel du décret relatif à la baisse de charges pour les agriculteurs. Projet de Stéphane Le Foll, alors ministre de l'agriculture, et de François Hollande, cette réforme laissait espérer une hausse du revenu des agriculteurs. Cette augmentation est désormais effective, mais elle est surtout venue compenser la baisse de production. 

Enfin, au lendemain des déclarations très attendues que fera Emmanuel Macron, le monde agricole devra se tourner vers la seconde partie des États généraux de l'alimentation. Celle-ci sera axée sur la transition écologique et les attentes des consommateurs. Organisée à un moment clé, où les agriculteurs protestent contre les projets d'interdiction du glyphosate, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert prévenait Emmanuel Macron ce lundi: «je ne vous cacherai pas les inquiétudes du monde agricole qui redoute d'être asphyxié par une vision passéiste et malthusienne».