mercredi 2 mai 2018

Qui sont les acteurs du mouvement antipub en France ?


FOCUS - «Déboulonneurs», «Résistance à l'agression publicitaire», «Paysage de France»... A l'occasion de la «Journée contre la pub» ce samedi, présentations de trois associations qui luttent contre l'invasion publicitaire en France. 
Pour la deuxième année consécutive, une «Journée contre la pub» se tient ce samedi 25 mars. Organisée par un collectif international d'associations, elle est relayée en France par l'association Résistance à l'agression publicitaire (RAP). Une opération baptisée #SubvertTheCity est prévue: il s'agit de poster sur les réseaux sociaux une image d'un détournement ou d'un recouvrement d'une publicité jugée agressive ou intrusive.

L'affichage sauvage en centres-villes, les panneaux défigurant les entrées des communes, la publicité infantile… Depuis longtemps, les nombreux militants antipub sont actifs sur tous les fronts face à une publicité de plus en plus invasive. De la désobéissance civile à l'action en justice, ils utilisent divers moyens pour mener le combat.

«On milite pour la liberté de réception» 
L'association Résistance à l'Agression Publicitaire (RAP) est la principale instance antipub en France, elle regroupe et coordonne plusieurs mouvements et relaye de nombreuses actions collectives. «Nous ne luttons pas contre la publicité en soi, mais contre l'agression publicitaire» indique Khaled Gaiji, son président. «Nous recevons entre 1200 et 1300 messages publicitaires par jour, et environ 15.000 stimuli commerciaux (logos), c'est beaucoup trop!» L'association existe depuis 1992, et revendique 500 adhérents. Son action se situe sur le terrain légal: attaques en justice des publicités illégales, activisme de plaidoyer et d'expertises, conseils juridiques pour se défendre. La RAP relaye aussi des actions de «recouvrement» sans dégradations, voire d'arrachage lorsqu'il s'agit d'affichage sauvage. 

«Notre principale revendication, c'est la liberté de réception, qui soit l'envers de la liberté d'expression. Chacun devrait avoir le choix de recevoir ou non un message publicitaire.» explique Khaled Gaiji. «Par exemple, le démarchage téléphonique devrait être interdit a priori.» Aujourd'hui, le démarchage est prohibé seulement si on est inscrit sur la liste Bloctel, dispositif gratuit du gouvernement qui permet de s'opposer au démarchage téléphonique. La RAP milite aussi pour que l'autocollant contre la pub sur les boîtes aux lettres ait une valeur légale. Il souligne la dimension écologique: «On estime à 31kg par ménage et par an de publicités jetées à la poubelle. 850.000 tonnes par an!» Principales revendications de la RAP. 

Autre acteur de la lutte antipub: l'Association «Paysages de France», qui combat elle «l'affichage illégal». «On veut juste faire respecter la réglementation. On repère et on signale aux autorités les panneaux d'affichage illégaux», explique Laurent Fété, le directeur de l'association qui existe depuis 25 ans et compte 2000 adhérents. Leur slogan? «Pas de pub, des arbres!» L'association milite aussi bien en milieu rural qu'urbain, et a signalé plus de 2000 panneaux illégaux en 2016. Dernière victoire en date: la suppression par la mairie de Paris des 350 panneaux publicitaires de 8m2 de la ville, qui passeront désormais à 2m2. Ou encore l'abandon du décret Macron qui aurait permis l'installation de grand panneaux publicitaires dans les villages. L'association basée à Grenoble a aussi milité pour que le maire de la ville Eric Piolle décide d'abandonner la publicité dans sa ville. «Apolitique et sans subventions», le collectif est soutenu par les intellectuels Edgar Morin et Alain Finkielkraut, qui appartiennent au comité d'honneur. 

Critique de la société de consommation 
D'autres militants de la cause antipub prennent le parti d'un activisme plus radical, ne se contentant pas de lutter contre l'invasion publicitaire, mais remettant radicalement en question le consumérisme.

Comme Les «déboulonneurs» collectif créé en 2005 en région parisienne, qui milite pour la «liberté de réception et pour que les affiches soient réduites à la taille 50x70 cm. Ils prônent la «Désobéissance civile symbolique» à travers la «dégradation assumée et non-violente» des panneaux publicitaires dans l'espace public, souvent «barbouillés» de peinture et de slogans antipub. Récemment, les déboulonneurs ont marqué l'actualité par le procès de l'une de leurs militants à Lille. Jugée pour avoir barbouillé «gare à la pub» à la bombe orange sur une publicité pour un 4x4, elle a été condamnée à 300 euros d'amende. 

Les «Casseurs de Pub» association créée en 1999 par Vincent Cheynet, ancien directeur artistique chez Publicis et fondateur du mensuel La Décroissance, promeuvent eux une contre-culture publicitaire et des alternatives à la société consumériste. Cela passe notamment par la création graphique et artistique et le détournement d'images publicitaires. «La pub est une machine à casser les cultures» écrivent-ils dans leur manifeste. Ils considèrent, avec l'écrivain François Brune qu'il y a une véritable «violence de l'idéologie publicitaire», créant une forme de «conditionnement» comparable à une sorte de totalitarisme. 

«La France est l'un des pays les plus engagés sur ces questions, sans doute parce que c'est aussi l'un de ceux où il y a le plus de dépenses faites pour l'affichage publicitaire, devant les États-Unis», estime Khaled Gaiji. Un combat qu'il estime transpartisan: «Le mouvement antipub n'est ni de droite ni de gauche. Tout le monde est agressé. On peut y être sensibilisé par des raisons esthétiques, conservatrices, écologiques, anticapitalistes, anticonsuméristes.»