samedi 26 mai 2018

L’inégale distribution du QI


On constate […] que la corrélation entre les aptitudes cognitives des individus augmente proportionnellement à leur proximité génétique : elle est de 0,8 pour les vrais jumeaux, de 0,6 pour les faux jumeaux, de 0,4 pour les parents au premier degré, de 0,3 pour les parents au second degré, de 0,1 pour les parents au troisième degré, de 0 pour la population sans lien génétique. Cette forte héritabilité explique l’échec des programmes de développement (du type Head Start) visant à améliorer le QI, et aussi les illusions que se font beaucoup de parents adoptifs quant à leur capacité d’amener les enfants qu’ils ont adoptés à leur ressembler. Une éducation plus intensive améliore un peu les performances cognitives, mais les effets ont tendant à s’évanouir à l’âge adulte. 

Reste la question de l’inégale distribution du QI au sein des diverses populations. On peut bien entendu déterminer le niveau moyen de QI de n’importe quel groupe d’individus, qu’il s’agisse des élèves d’une même classe, des membres d’une même profession, des habitants d’un quartier, d’une ville, d’un pays, etc. Dans certains cas, on constate des variations qui peuvent être significatives. Les données les plus récentes dont on dispose concernant les populations montrent que les QI les plus élevés s’observent aujourd’hui chez les Juifs Ashkénazes (moyenne de 110-115) et chez les Asiatiques d’Extrême-Orient (105-110). Les moyennes tombent ensuite à 100 chez les Européens (92-96 dans la partie sud), 91 chez les Inuits, 83-86 chez les habitants de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient, 71-80 chez ceux de l’Afrique sub-saharienne, 62 chez les Aborigènes australiens. Par pays, on constate 108 de QI moyen à Hong Kong et à Singapour, 105 en Chine et au Japon, 102 en Italie, 100 aux Pays-Bas, en Norvège et en Grande-Bretagne, 98 en France, en Espagne et aux Etats-Unis, 97 en Russie, 95 au Portugal, 92 en Grèce, et en Irlande. La plupart des pays d’Afrique noire se situent en dessous de 65-70, avec la Guinée équatoriale en queue de peloton. 

La ou les cause(s) de ces différences continuent à faire l’objet de débats. De façon générale, on remarque que le QI moyen est plus élevé dans les pays de latitude nord, où l’hiver est particulièrement rigoureux, la sélection naturelle au cours de l’évolution ayant favorisé les allèles liés aux facultés cognitives nécessaires pour entretenir du feu, faire des réserves de nourritures, construire des abris ou fabriquer des vêtements – ce qui est aussi allé de pair avec l’augmentation du volume du cerveau (1 369 cm3 en moyenne chez les Européens, 1 416 cm3 chez les Asiatiques du Nord). 

Eléments n°170, février mars 2018