mercredi 16 mai 2018

A lire : L’empereur Julien : le restaurateur

« Je ne puis vaincre la sympathie que j’ai toujours eue pour Julien l’Apostat, écrivait Alfred de Vigny en 1833. Si les métempsycoses existent, j’ai été cet homme. C’est l’homme dont le rôle, la vie, le caractère n’eussent le mieux convenu dans l’histoire ». Alors même qu’il ne régna qu’à peine vingt mois, il est peu de souverains romains, en dehors de Jules César et de Marc Aurèle, dont l’image posthume ait été aussi riche que celle de Julien dit l’Apostat. Dans l’inventaire exhaustif qu’elle publie sur sa postérité dans le domaine français, Julie Bosch souligne qu’elle fut aussi éminemment variée. Calomnié depuis Grégoire de Naziance par le parti chrétien, qui lui reprochait d’avoir voulu rétablir dans ses droits le paganisme de ses ancêtres, Julien fut d’abord réhabilité par Montaigne (« il n’est aucune sorte de vertu de quoi il n’ait laissé de très notables exemples »), suivi par Montesquieu et surtout par Voltaire, mais sa vie et son œuvre furent au fil des siècles constamment réinterprétées. Julien fut ainsi successivement l’apostat des apologistes, le Machiavel des politiques, le philosophe des libertins, le César des historiens, le sage des libres penseurs et le héros des encyclopédistes. La « légende dorée » finit cependant par l’emporter sur la « légende noire », comme en témoigne le fait que son Discours contre les Galiléens, traduit pour la première fois en français en 1764, n’a pas cessé d’être réédité. Au XXe siècle, Julien a encore inspiré Nikos Kazantzakis, André Fraigneau, Gore Vidal, Jacques Benoist-Méchin, Christopher Gérard et Régis Debray. Dernier en date, Jean Robin en publie une biographie romancée, dont le dernier chapitre fait un curieux parallèle entre la mort de Julien et celle de Jésus. 

Julie Bosch, Apostat ou philosophe ? La figure de l’empereur Julien dans la pensée française de Montaigne à Voltaire 
Jean Robin, Imperator. L’épopée de Julien l’Apostat 

Eléments n°151