jeudi 15 mars 2018

L'idéologie "droit-de-l'hommiste"

Le prix Nobel d'économie Hayek avait raison de se méfier de l'expression "droits de l'homme". Il préférait la formule des "libertés fondamentales" qui, elle, n'est pas ambiguë. Les droits de l'homme peuvent être en effet de deux natures. Soit il s'agit de liberté, soit il s'agit d'un droit de créance sur la société : droit au travail, droit à un logement, etc... Dans le deuxième cas, c'est un prétexte pour une intervention toujours plus grande de l’État et pour une restriction des libertés. 
     Je me souviens d'un fait divers dans les journaux. Une dame très âgée avait été condamnée sévèrement par un tribunal parce qu'elle avait publié une petite annonce pour avoir une dame de compagnie de race blanche et de religion catholique. Il avait jugé que c'était discriminatoire et raciste alors que cette pauvre femme voulait juste être entourée par quelqu'un qui lui ressemble avec qui elle aurait des affinités. On voit ici comment la "bonne intention" humanitaire se révèle psychologiquement inhumaine. 
     Au nom des droits de l'homme, on en vient à contester le droit pour un État à défendre ses frontières contre les immigrés clandestins. Je lis dans Le Monde (13 février 2010) ce titre : "le gouvernement veut restreindre les droits des sans papiers" (sic !). Or, la notion de "sans-papiers" n'a aucun sens et a été inventée par la propagande d'extrême-gauche pour minimiser le délit des personnes qui franchissent la frontière sans en avoir le droit. L'expression "les droits des sans papiers" est tout à fait surréaliste. C'est un bon exemple du droit-de-l'hommisme qui se retourne contre le droit. Car en définitive, qui sont les victimes du franchissement illégal des frontières ? Ceux qui violent la frontière ou les citoyens contribuables sommer de payer des impôts pour entretenir ces fameux sans papiers ? On renverse ainsi la situation : l'innocent voire la victime devient coupable et le délinquant devient une victime qui devient l'objet de la sollicitude médiatique ! Staline, qui parlait souvent des droits de l'homme et n'a pas fait voter contre la charte universelle des droits de l'homme de l'ONU, savait ce qu'il faisait. Les droits de l'homme peuvent être instrumentalisés à des fins politiques variée, ce qui n'est pas le cas des "libertés fondamentales". 
     De plus, l'expression des "droits" permet de passer sous silence les "devoirs". Enfin, les droits de l'homme servent surtout à justifier tous les caprices de l'ego de l'individu et c'est en cela qu'ils sont affirmés comme "les valeurs suprêmes". Derrière les droits de l'homme se tient aujourd'hui, Gestell oblige, une conception essentiellement animale car matérialiste de la nature humaine. 
     Heidegger a bien vu que l'homme, dans notre Occident actuel, est conçu comme "animal rationnel". Il doit se servir de sa raison pour s'émanciper des traditions, des préjugés, des disciplines sociales afin de pouvoir satisfaire au mieux sa nature animale. Cette conception rabaisse toujours l'homme à sa dimension biologique et permet de s'opposer à la culture et à ses contraintes comme l'a bien vu Arnold Gehlen. Cette conception de l'homme que Heidegger appelle métaphysique, fait bon marché de la nature affective de l'homme doublement sacrifiée à la raison et aux instincts. L'alliance de la raison et des instincts produit un retour à la sauvagerie que nous constatons aujourd'hui. 
     Pourquoi le nombre de crimes et de délits en France est-il passé de 1,5 million en 1968 à 4,5 millions aujourd'hui, sinon que l'enracinement des individus dans les traditions morales s'est largement effondré ? Les droits de l'homme sont un mélange douteux entre les libertés fondamentales, lesquelles sont bien sûr indispensables, et les droits des mafieux et de tous ceux qui parasitent le corps social. Parmi ces derniers, certains ne sont pas du tout en bas de l'échelle sociale mais au sommet !
     Toute l'ambiguïté est dans le mot "homme". Qu'entend-on par là ? Dans le système du Gestell, l'homme est à la fois conçu comme animal rationnel et comme la plus importante des matières premières. Cette conception détruit en l'homme son humanité même.
     Comme l'écrit Heidegger dans la Lettre sur l'Humanisme, "reste à se demander si l'essence de l'homme, d'un point de vue originel et qui décide par avance de toute, repose dans la dimension de l'animalitas". Le fait d'ajouter que l'homme a la raison ne change rien à cet essentiel. "Par là, l'essence de l'homme est appréciée trop pauvrement (...) La métaphysique pense l'homme à partir de l'animalitas, elle ne pense pas en direction de son humanitas."
     La spécificité de l'homme est dans son "existence", cette façon d'être qui lui permet de recevoir conscience de l'être et édifier un monde. Un prêtre dans son Église a accès au sens de l'être de cette Église, lequel en l'occurrence est religieux. Il n'y a rien d'animal ici. Pour Heidegger, le vrai humanisme est "l'humanisme qui pense l'humanité de l'homme à partir de la proximité de l'être". L'homme n'a pas simplement une vie biologique. Il a aussi une existence. Cette existence consiste à "habiter" le monde. Cet habitat est une patrie. Le Gestell prive l'homme de sa patrie. 
     L'homme comme existant a besoin que l'on respecte ses libertés fondamentales. Mais la notion de "droit de l'homme" reste à la fois unilatérale et floue. Unilatérale car il ne peut y avoir de droits sans devoirs, floue car on ne sait jamais si à travers cette expression, on parle de libertés ou de droits de créance sur la société. En pratique, la notion de droits de l'homme sert d'arme contre l’État et contre la société pour satisfaire les caprices de l'ego devenu une véritable idole

Yvan Blot, L'oligarchie au pouvoir