vendredi 16 février 2018

Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine


Vous accusez le Racisme allemand d’avoir dévasté la terre. Mais, si les Démocraties n’avaient pas été si sottes et si lâches, les Allemands n’auraient jamais osé se dire un peuple de Seigneurs. Si j’avais la disgrâce d’être Allemand, j’avoue volontiers qu’à Munich, devant Daladier et Chamberlain, les deux Bigs de ceux temps-là – bigre de Bigs ! – j’aurais été tenté de me croire non seulement seigneur, mais Dieu.

Aussi longtemps qu’on prendre ou qu’on feindra de prendre cette guerre pour un accident, une anomalie, un phénomène, un exemple bizarre de retour au primitif, une réapparition du passé dans le présent, il sera parfaitement inutile d’attendre quoi que ce soit, sinon de nouvelles déceptions plus sanglantes. Le désordre actuel ne saurait nullement se comparer, par exemple, à celui qui dévasta le monde après la chute de l’Empire Romain. Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie. Car, en dépit de ce que j’écrivais tout à l’heure, il s’agit beaucoup moins de corruption que de pétrification. La Barbarie, d’ailleurs, multipliant les ruines qu’elle était incapable de réparer, le désordre finissait par s’arrêter de lui-même, faute d’aliment, ainsi qu’un gigantesque incendie. Au lieu que la civilisation actuelle est parfaitement capable de reconstruire à mesure tout ce qu’elle jette par terre, et avec une rapidité croissante. Elle est donc sûre de poursuivre presque indéfiniment ses expériences et ses expériences se feront de plus en plus monstrueuses...

Georges Bernanos, La France contre les robots