mardi 20 février 2018

Des migrants occupent l’université de Saint-Denis, en région parisienne


Un collectif d’une centaine de migrants occupe une partie de l'université de Paris 8. Ils sont soutenus par certains étudiants depuis le début du mois de février. Après avoir toléré le mouvement, la direction de l’établissement se dit dans « l’impasse ». 
Les grilles de Paris 8 sont fermées un vendredi. « Je viens d’apprendre que je ne pouvais pas rentrer, s’exclame une étudiante sous la neige. C’est dommage, j’avais cours aujourd’hui. Mais je soutiens la cause. » La cause, c’est l’occupation d’une partie de l’université par des migrants depuis une dizaine de jours. 

Officiellement, la fermeture du campus est due à une panne de chauffage. Il est pourtant de nouveau en service d'après le prestataire qui gère tout le quartier. La présidence de l'université a quand même préféré laisser les grilles fermées jusqu'à lundi. Et annuler les portes ouvertes, prévues ce week-end. 

A l’intérieur, le bâtiment A est transformé : les salles de cours ont laissé la place à une cuisine, des douches, et des dortoirs de fortune. Les occupants sont moins d’une centaine. 

Ils sont Erythréens, Soudanais, majoritairement des hommes, et dorment au deuxième étage. Ce migrant salue le « geste humanitaire » de la part des étudiants. « Nous demandons toujours à l’autorité en place [la présidence de l’université, NDLR] de comprendre la situation. Nous souhaitons remercier les étudiants, qui nous ont très bien accueillis. »

Ces étudiants sont pour la plupart des militants. Ils ont orienté les migrants vers le bâtiment depuis le quartier de La Chapelle à Paris. L’occupation est loin d’être spontanée, le collectif de migrants semble très encadré par les étudiants. 

Climat tendu 
Ici, il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans les salles occupées. Les journalistes sont souvent tenus à l'écart. « On a eu des journalistes en caméra cachée, on ne fait que se protéger », se défend une étudiante. Messageries sécurisées, plannings et roulements, accréditations pour la presse : l’organisation est quasiment professionnelle. Lors des entretiens réalisés avec des migrants, une partie du groupe estudiantin tenait à être présente afin de « porter une parole commune ». Il s’agissait davantage de contrôler ce qui pouvait être dit. 

« Bien sûr que le climat témoigne d’une certaine tension. Mais nous devons faire face aux rumeurs d’évacuation, aux considérations pratico-pratiques de la présidence de l’université. On nous explique que nous devons déménager pour des prises électriques vétustes… L’argument ne tient pas vraiment », déplore une autre membre du groupe d’étudiants.

Les relations avec la faculté sont tendues. La présidence de l’université semble tolérer cette occupation, mais la communication avec le groupe d’étudiants est de plus en plus difficile. Car la fin de l’occupation est conditionnée à l’obtention d’un titre de séjour et du statut de réfugié. 

« Il n’est pas dans les pouvoirs d’une présidence d’université d’obtenir des titres de séjour », précise pourtant l'institution dans un communiqué. Mais elle a formulé une demande à l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, et assure qu'aucune évacuation n'aura lieu ce week-end.