mercredi 31 janvier 2018

Nous ne pouvions plus respecter la patrie parce que nous aimions la Nation

Dans les provinces baltiques, à cette époque, les soldats chantaient une chanson de marche qui commençait par ce vers : « Nous sommes les derniers hommes allemands qui sont restés devant l’ennemi ». A ce moment, nous nous sentions les derniers Allemands tout court. Nous étions presque reconnaissants au Gouvernement de ce qu’il nous excluait de l’Allemagne, car les liens étant ainsi officiellement brisés, nous n’avions plus à nous inquiéter des soucis que notre activité pouvait donner au Reich. De toute manière nous aurions agi comme nous agissons à présent. Nous ne pouvons plus nous sentir engagés envers la patrie, parce que nous croyons ne plus pouvoir la respecter. Nous ne pouvions plus respecter la patrie parce que nous aimions la Nation. Ce n’était plus un commandement qui maintenant nous réunissait, ce n’était plus la solde, le pain et la chaude haleine de la patrie qui nous liait. Une contrainte que nous ne sentions qu’obscurément nous poussait, une loi nous fouettait dont nous ne voyions que l’ombre. Maintenant nous étions dans le tourbillon fou du danger. Maintenant nous étions dans un nouveau champ de force, nous possédions d’autres espoirs, nous étions débarrassés du fardeau des misérables nécessités qui jour par jour, pas à pas allaient encercler des millions d’êtres affamés dans des mailles tissées par la malice la plus raffinée. Nous les dispersés, les réprouvés, les gueux sans patrie, nous portions haut nos flambeaux

Ernst Von Salomon, Les réprouvés