vendredi 26 janvier 2018

La seule chose qui soit à même d’unir transversalement l’ensemble de ce qui déserte cette société en un parti historique, c’est l’intelligence de la situation


Face à l’organisation capitaliste, une puissance destituante ne peut certes s’en tenir à sa propre immanence, à l’ensemble de ce qui, faute de soleil, croît sous la glace, à toutes les tentatives de construction locales, à une série d’attaques ponctuelles, même si tout ce petit monde devait se retrouver régulièrement dan de grandes manifestations houleuses. Et l’insurrection n’attendra pas que tout le monde devienne insurrectionnaliste, à coup sûr. Mais l’erreur heureusement cuisante des léninistes, trotskystes, négristes et autres sous-politiciens, c’est de croire qu’une période qui voit toutes les hégémonies brisées à terre pourrait encore admettre une hégémonie politique, même partisane, comme en rêvent Pablo Iglesias ou Chantal Mouffe. Ce qu’ils ne voient pas, dans une époque d’horizontalité proclamée, c’est l’horizontalité elle-même qui est la verticalité. Personne n’organisera plus l’autonomie des autres. La seule verticalité encore possible, c’est celle de la situation, qui s’impose à chacune de ses composantes parce qu’elle l’excède, parce que l’ensemble des forces en présence est plus que chacune d’elles. La seule chose qui soit à même d’unir transversalement l’ensemble de ce qui déserte cette société en un parti historique, c’est l’intelligence de la situation, c’est tout ce qui la rend lisible pas à pas, tout ce qui souligne les mouvements de l’adversaire, tout ce qui identifie les chemins praticables et les obstacles – le caractère systématique des obstacles. Depuis cette intelligence-là, ce qu’il faut de décollement vertical pour faire pencher certaines situations dans le sens désiré peut bien s’improviser à l’occasion. 

Comité invisible, Maintenant