jeudi 7 décembre 2017

Nul ordre social ne naîtra ni ne pourra naître si l’on ne commence par arracher le monde ouvrier à la démocratie, après s’y être arraché soi-même, j’entends le bourgeois, beau premier

« Qu’est-ce en effet que le fascisme, écrit Maurras : Un socialisme affranchi de la démocratie. Un socialisme libéré des entraves auxquelles la lutte des classes avait soumis le travail italien. Une volonté méthodique et heureuse de serrer en un même ‘faisceau’ tous les facteurs humains de la production nationale : patrons, employés, techniciens, ouvriers. Un parti-pris d’aborder, de traiter, de résoudre la question ouvrière en elle-même, toute chimère mise à part, et d’unir les syndicats en corporations, de les coordonner, d’incorporer le prolétaire aux activités héréditaires et traditionnelles de l’État historique de la Patrie, de détruire ainsi le scandale social du prolétariat. Ce fascisme unit les hommes pour l’accord : il fait jouer les forces naturelles ensemble, assure les fonctions sociales les plus variées avec l’aide des grands et l’aide des petits, tous les ouvriers de la même production étant classés par rapport à son objet commun et non par rapport à l’État, à la condition et à la place personnelle du sujet, quel qu’il soit il redevient possible de se parler entre citoyens, et en effet, ils se parlent au lieu de s’injurier. L’État national invite à l’amitié et à l’union au lieu d’exciter à la haine et à la division comme le fait et doit le faire l’État démocratique électif »

Sans doute Maurras tenait-il à rappeler les différences entre l’étatisme italien et les libertés locales nécessaires en France ; il n’en reconnaissait pas moins à Mussolini le mérite d’avoir mis un terme aux luttes de classe et de parti, d’avoir évité les ravages du socialisme et du communisme tout en dotant les classes populaires d’un statut meilleur que celui des mêmes classes en France. « Devant les résultats de cette politique de la main tendue, concluait-il, il est normal que les démocraties, ayant adopté la formule du poing tendu, se soient donné pour mot d’ordre l’antifascisme : leur plus grand intérêt vital est d’empêcher tout faisceau national de se former pour éteindre ou réduire les compétitions dont elles vivent. C’est pourquoi je conclus que nul ordre social ne naîtra ni ne pourra naître si l’on ne commence par arracher le monde ouvrier à la démocratie, après s’y être arraché soi-même, j’entends le bourgeois, beau premier ». 

Les éloges que Maurras décernait au général Franco n’étaient pas moins chaleureux. Comparant le cas du leader nationaliste espagnol à celui de Mussolini, il formait des vœux pour la restauration de la monarchie en Espagne, mais à condition qu’elle ne fût pas parlementaire, et il envisageait une coopération de Franco et du futur souverain analogue à celle de Mussolini et de Victor-Emmanuel III. 

Paul Sérant, Les dissidents de l’Action française