vendredi 8 décembre 2017

Le coup de force du pouvoir cybernétique, c’est de procurer à chacun le sentiment d’avoir accès au monde entier quand il en est en réalité de plus en plus séparé


La condition du règne des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), c’est que les êtres, les lieux, les fragments de monde restent sans contact réel. Là où les GAFA prétendent « mettre en lien le monde entier », ce qu’ils font, c’est au contraire travailler à l’isolement réel de chacun. C’est immobiliser les corps. C’est tenir chacun reclus dans sa bulle signifiante. Le coup de force du pouvoir cybernétique, c’est de procurer à chacun le sentiment d’avoir accès au monde entier quand il en est en réalité de plus en plus séparé, d’avoir de plus en plus « d’amis » quand il est de plus en plus autiste. La foule sérielle des transports en commun a toujours été une foule solitaire, mais chacun ne transportait pas avec lui sa bulle personnelle comme depuis que sont apparus les smartphones. Une bulle qui immunise contre tout contact, en plus de constituer un mouchard absolu. Cette séparation voulue par la cybernétique pousse de manière non fortuite dans le sens de la constitution de chaque fragment en petite entité paranoïaque, dans le sens d’un processus de dérive des continents existentiels où l’étrangeté qui règne déjà entre individus dans cette « société » se collectivise férocement en mille petits agrégats en délire. Contre cela, il y a à sortir de chez soi, aller à la rencontre, prendre la route, travailler à la liaison conflictuelle, prudente ou heureuse, entre les bouts du monde. Il y a là à s’organiser. S’organiser véritablement n’a jamais été autre chose que s’aimer. 

Comité invisible, Maintenant