vendredi 22 décembre 2017

Il n’y a qu’à une population parfaitement sous contrôle que l’on peut songer d’offrir un revenu universel


Pour le capital, la désagrégation de la société salariale est à la fois une opportunité de réorganisation et un risque politique. Le risque est que les humains fassent un usage imprévu de leur temps et de leur vie, voire prennent à cœur la question de son sens. On a donc fait en sorte que, ceux-ci ayant des loisirs, il ne leur soit pas loisible d’en user à leur guise. Tout se passe comme si nous devions travailler plus en tant que consommateurs à mesure que nous travaillons moins en tant que producteurs. Comme si la consommation ne signifiait plus un assouvissement, mais une obligation sociale. L’appareillage technologique du loisir s’apparente d’ailleurs de plus en plus à celui du travail. Tandis que chacun de nos clics en traînassant sur Internet produit de la donnée que les GAFA revendent, on affuble le travail de tous les atours du jeu en y introduisant scores, paliers, bonus et autres avertissements infantilisants. Plutôt que de voir dans la fuite en avant sécuritaire et l’orgie de contrôle actuelles une réponse aux attentats du 11 Septembre, il ne serait pas insensé d’y voir une réponse au fait économiquement établi que c’est justement à partir de 2000 que, pour la première fois, l’innovation technologique a fait baisser le volume des emplois. Il faut désormais pouvoir surveiller en masse chacune de nos activités, chacune de nos communications, chacun de nos gestes, disposer caméras et capteurs en tout lieu, parce que la discipline salariale ne suffit plus à contrôler la population. Il n’y a qu’à une population parfaitement sous contrôle que l’on peut songer d’offrir un revenu universel. 

Comité invisible, Maintenant