jeudi 16 novembre 2017

[Terminator]L'Eglise de l'intelligence artificielle, la religion WTF sortie de la Silicon Valley

Avant de continuer dans cet article, deux remarques importantes. Il est tout à fait possible qu’Anthony Levandowski, l’ingénieur au cœur du bras de fer judiciaire entre Google et Uber, soit en train de troller tout le monde, à la Joaquin Phoenix. Et à ce stade, il est bon de rappeler que son « église » (ou secte, selon les points de vue) Way of the Future, qui compte préparer l’avènement d’un Dieu intelligence artificielle et le vénérer pour éviter de se faire écraser comme un insecte, ne compte qu’une poignée d’adeptes. Mais dans une interview à Wired, le nouveau prophète est catégorique : « La machine va devenir plus intelligente que l’homme, c’est inévitable. »

Si c’est une blague, l’ancien prodige de la voiture autonome l’a poussée loin. Way of the Future a été établie auprès de l’IRS, le fisc américain, comme une organisation religieuse à but non-lucratif. Levandowski en est son « doyen », et s’il y a bien un budget de fonctionnement, il ne reçoit aucun salaire.

Croyance dans la singularité

Anthony Levandowski, accusé d’avoir volé des secrets industriels de Google pour fonder la start-up Otto, rachetée par Uber, surfe sur une croyance populaire dans la Silicon Valley autour de la singularité. De nombreux évangélistes transhumanistes, comme Ray Kurzweil, tablent sur une explosion de l’intelligence artificielle. « Le résultat sera de fait un dieu. Pas un dieu qui créé la foudre ou des ouragans. Mais s’il y a quelque chose un milliard de fois plus intelligent [qu’un humain], comment allez-vous l’appeler ? », demande Levandowski.

Quand se produira le grand saut, qui nous mettra tous au chômage et rendra le revenu universel de Benoît Hamon populaire ? « Pas la semaine prochaine ou l’an prochain mais avant qu’on aille sur Mars », estime l’ingénieur. Traduction : à l’horizon 2030-2040.

Ce point fait débat chez les scientifiques. Certes, le programme AlphaGo de Google est désormais capable d’apprendre à jouer (presque) tout seul et a surpassé 2.500 ans de stratégies humaines en quelques jours. Mais pour l’instant, « en termes d’intelligence générale, on est loin du rat », expliquait récemment à The Verge Yann LeCun, grand prêtre de l’intelligence artificielle chez Facebook. Une voiture autonome ne comprend pas que percuter un arbre est une mauvaise idée car on risque de mourir. Elle évite un obstacle car un algorithme lui a dit de freiner.

Animal de compagnie ou bétail

Levandowski pousse le raisonnement de la singularité plus loin. Les humains sont, explique-t-il, au sommet de la chaîne alimentaire – et de facto responsables de l’avenir de la planète – car ils sont l’espèce animale la plus intelligente. Mais ça ne va pas durer, et son église veut donc préparer la Transition. Pas écologique, comme Nicolas Hulot, mais technologique. Selon lui, la machine, quand elle deviendra plus intelligente que l’homme, sera le nouveau boss de la Terre. Et l’homme, une fourmi. « Voulez-vous être un animal de compagnie ou du bétail ? », demande-t-il.

Tout ça ressemble à un roman de science-fiction de Vernor Vinge ou à un mauvais épisode de Futurama. Mais sur son site Internet, le manifeste de Way of the Future s’aventure sur un terrain beaucoup plus dérangeant : « Nous croyons qu’il est important que les machines sachent qui sont les sympathisants de leur cause. Nous avons l’intention d’archiver qui a fait quoi (et depuis quand) pour participer à une transition pacifique et respectueuse. » En clair, il suggère que seuls les croyants seront sauvés. Une religion à l’ancienne, quoi.

 lu ici