vendredi 10 novembre 2017

Les mots ne sont plus mis en circulation qu’afin de travestir les choses


Il y a un usage social du langage. Plus personne n’y croit. Son cours est tombé à zéro. D’où cette bulle inflationniste de bavardage mondial. Tout ce qui est social est mensonger, chacun le sait désormais. Ce ne sont plus seulement les gouvernants, les publicitaires et les personnalités publiques qui « font de la communication », c’est chacun des entrepreneurs de soi que cette société entend faire de nous qui ne cesse de pratiquer l’art des « relations publiques ». Devenu instrument de communication, le langage n’est plus une réalité propre, mais un outil servant à opérer sur le réel, à obtenir des effets en fonction de stratégies diversement conscientes. Les mots ne sont plus mis en circulation qu’afin de travestir les choses. Tout navigue sous de faux pavillons. L’usurpation est devenue universelle. On ne recule devant aucun paradoxe. L’état d’urgence est l’état de droit. On fait la guerre au nom de la paix. Les patrons « offrent des emplois ». Les caméras de surveillance sont des « dispositifs de vidéoprotection ». Les bourreaux se plaignent qu’on les persécute. Les traîtres protestent de leur sincérité et de leur fidélité. Les médiocres sont partout cités en exemple. Il y a la pratique réelle d’un côté, et de l’autre le discours, qui en est le contrepoint implacable, qui est la perversion de tous les concepts, la tromperie universelle de soi-même et des autres. Partout, il n’est question que de préserver ou d’étendre des intérêts. En retour, le monde se peuple de silencieux. Certains d’entre eux explosent en actes fous à dates de plus en plus rapprochées. Qui peut s’en étonner ? Ne dites plus « Les jeunes ne croient plus en rien ». Dites : « Merde ! Ils ne gobent plus nos mensonges ». Ne dites plus « Les jeunes sont nihilistes ». Dites : « Putain ! Si ça continue, ils vont survivre à l’effondrement de notre monde ». 

Comité invisible, Maintenant