dimanche 5 novembre 2017

Ellul conclut : « On peut espérer que d’ici plusieurs millénaires, l’homme arrivera au niveau social supérieur des ânes » !


L’informatique a accompli l’extériorisation des capacités de l’homme, selon une conception de la technique qu’avait développée Leroi-Gourhan, et elle lui dicte désormais des comportements pour mieux assurer son développement. Ray Kursweil le dit de semblable manière aujourd’hui : ce ne sont pas les ordinateurs qui sont sur le point de prendre le pouvoir sur les hommes, mais les humains qui sont de plus en plus enclins à devenir comme des machines pensantes. Belle manière de se trouver déchargé de soi ! Au moment de conclure sa description du Système technicien, Ellul ne peut s’empêcher de déplorer cependant cet abaissement de l’humanité que favorisent les technologies de l’intelligence : l’homme envie le pouvoir des machines au même titre qu’il aspire à l’inconscience tranquille des animaux, à cette simple vie au niveau de la réalité biologique qui ne s’embarrasse pas d’autre vérité qu’élémentaire. Méfiant à l’égard du cerveau qui est « un mécanisme déformant », il préfère imiter le cerveau électronique (l’ordinateur qui pense juste) et se débarrasser de ces obstacles que sont les représentations et les sentiments. Enfonçant le clou, Ellul conclut : « On peut espérer que d’ici plusieurs millénaires, l’homme arrivera au niveau social supérieur des ânes » ! Disant cela, se souvient-il du philosophe Jean Buridan (1295-1360) qui avait su voir dans l’âne un animal suffisamment libre pour se révéler incapable de choisir entre un picotin d’avoine et un seau d’eau ? La bête en mourut, témoignant par là de sa supériorité sur les robots vers lesquels les humains se sentent attirés parce qu’ils leur permettraient de satisfaire sans douleur leurs tendances régressives. 

Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ?