dimanche 8 octobre 2017

Posthumanisme : à mort le corps


La question revêt un caractère dramatique à l’heure où les développements technologiques laissent augurer une relève de l’humanité par quoi nous serions dispensés de naître, de souffrir et de mourir. On reconnaîtra ici les trois ingrédients des prophéties transhumaines qu’on entend énoncer, par exemple, dans l’environnement des centres de recherches axés sur des programmes du type NBIC (nanosciences, biotechnologies et sciences de l’informatique et sciences cognitives) : fin de la naissance, grâce aux perspectives ouvertes par le clonage et l’ectogenèse ; fin de la maladie, grâce aux promesses des biotechnologies et de la nanomédecine ; fin de la mort non voulue, grâce aux techniques dites d’uploading, c’est-à-dire au téléchargement de la conscience sur des matériaux inaltérables dont les puces de silicium ne sont que la préfiguration. Le transhumanisme dessine un avenir où le corps n’aura plus sa part, ni non plus aucun des (psychobiologiques ou sociaux) qui nous enchaînent et font de nous de simples données naturelles. Le fantasme de l’homme remodelé, puis intégralement autofabriqué, fait plus que jamais partie de l’imaginaire d’aujourd’hui. Il est dans la stricte continuité des illusions générées par la Modernité. 

Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ?