mercredi 11 octobre 2017

Le faux-nez catalan …


Paris Vox (Tribunes) – Avec la rentrée, c’est le retour de la retranscription écrite des chroniques d’Arnaud de Robert sur Radio Libertés, désormais hebdomadaires. Aujourd’hui, Arnaud de Robert revient sur la grave crise qui secoue la Catalogne. 

J’accorde une grande importance à la défense de l’identité. Non pas par identitarisme, mais parce que ce concept renferme en lui quelque chose d’instinctif et de vivant, de complexe et d’unique. J’accorde donc une importance égale à la défense de toutes les identités des peuples et particulièrement à ceux de l’Europe, berceau de ma civilisation. Je salue leur persistance, leur expression, la pluralité des langues et des usages, la beauté des écrits et des légendes. Je lutte contre le folklorisme ridicule et muséifié dans lequel l’oligarchie essaie, depuis les « Lumières » de les enfermer. Ces patries charnelles – que j’appelle matries pour rappeler cet instinct qui relie l’enfant à sa mère – sont nos racines profondes et c’est un devoir que de les préserver. Je milite depuis bien des années pour le principe de subsidiarité à l’échelon européen, principe qui donne sa pleine expression à l’identité, sa pleine autonomie au peuple sans retirer de la puissance à l’entité étatique sur laquelle repose la défense, les relations internationales et la macro-économie. Alors, pourquoi ce matin suis-je si perplexe sur ce référendum catalan ? Et bien parce qu’à mes yeux, ce feuilleton qui draine l’agenda médiatique depuis des semaines a tout de la mascarade, du vaudeville, de l’épiphénomène. Je n’y vois d’ailleurs que très difficilement l’expression d’une volonté populaire affirmée. Certes, le gouvernement de la région Catalogne a su exploiter au mieux les décisions de ces dernières années – pour le moins maladroites et parfois scandaleuses – du gouvernement espagnol qui a tenté de réduire l’amplitude d’autonomie patiemment obtenue. Mais je doute que sur le fond, ce même gouvernement catalan soit animé d’une volonté séparatiste guidée par la nécessité de survie de son peuple. Pourquoi ? Parce que malgré les dernières décisions idiotes de Madrid, il n’y a aucune répression sur la langue, la culture, les coutumes et le mode de vie des catalans. Rien en Catalogne n’est directement menacé par l’existence de l’Espagne, à part peut-être le niveau de vie. 

Parce que malgré les dernières décisions idiotes de Madrid, il n’y a aucune répression sur la langue, la culture, les coutumes et le mode de vie des catalans. Rien en Catalogne n’est directement menacé par l’existence de l’Espagne, à part peut-être le niveau de vie. 

Et c’est là à mon sens le nœud du problème et le moteur de la tenue de ce référendum. C’est un rapport de riche à pauvre bien plus qu’un réflexe de protection d’un peuple et d’une culture. La riche Catalogne n’entend pas servir de vache à lait à l’Espagne. Et pour arriver à ses fins – une Catalogne indépendante et donc en possibilité de jouer libéralement sur les marchés – le gouvernement catalan a su exciter la saine veine identitaire de son peuple en réactivant savamment l’antifascisme des années 30, l’anti-franquisme, la menace « macro-jacobine » espagnole pour reprendre leurs mots ! Détournement à peine dénié d’aspirations autonomistes légitimes pour des objectifs financiers d’enfants gâtés et capricieux sur fond d’enrichissement élitaire, de dumping social et d’évasion fiscale … Avec et c’est aussi tragique, la volonté de poursuivre le développement catalan vers plus d’ouverture, une ouverture qui se traduirait essentiellement par la régularisation immédiate de dizaines de milliers d’immigrés. Oui, l’Etat espagnol a très mal géré cette affaire. Oui, les images d’intervention musclée des force de l’ordre hier vont laisser des traces, radicaliser une partie du peuple voire réactiver une potentielle lutte armée. Oui aussi l’autonomie peut être un idéal. Mais l’indépendantisme, ce petit jacobinisme répondant au grand, n’est qu’une impasse. Une impasse qui profiterait au libéralisme, une impasse qui affaiblirait encore plus l’Europe. Car les états libéraux se défendent déjà si mal, je ne vois pas comment des régions ultralibérales pourraient faire mieux. En fait ce matin j’ai vraiment, mais vraiment du mal à comprendre que ce sujet référendaire ait pu occuper autant la presse ibérique et européenne quelques semaines seulement après le sanglant attentat de Barcelone. Tout comme j’ai du mal à saisir la démonstration de force brutale de l’Etat espagnol à l’égard des catalans, force que l’on aurait préféré la voir employer en direction des milliers de radicaux islamistes présent en Espagne. Tout cela sent vraiment la chimère et la puérilité. Un vrai trompe l’œil médiatique alors qu’hier, dans le monde réel, deux jeunes femmes sont mortes poignardées et égorgés par un islamiste fou. Il serait temps de retrouver le sens des priorités. 

Bonne semaine !