mardi 17 octobre 2017

Criminalité, médias et autruches


Ex-directeur de Charlie Hebdo et de France Inter, Philippe Val assène la sentence : « La presse agonise. Elle est sous perfusion de l’Etat et de financiers de plus en plus baroques ». Pour Mediapart (11 octobre 2016), la presse d’information est « en putréfaction […] vendue au capitalisme financier ». Connivence et accointances : au total, ce mimétique banc-de-sardines dit la même chose, au même instant, dans le même sens. 

Un sondage après l’autre, les citoyens crient que la presse « ne résiste pas aux pressions du pouvoir » (67%) ou de l’argent (58%). Les lecteurs de moins de 35 ans ? C’est pire : 70% ont perdu confiance. Question en direct sur RMC le 13 décembre 2016 (7 958 votants) : les médias nous mentent-ils ? Oui à 91% ! Les sondés dénoncent les manipulations, l’occultation des faits, leur hiérarchisation arbitraire et partisane. Flèche du Parthe d’un pilier de France Culture : Brice Couturier crucifie (19 août 2016) « ces personnages arrogants quoique incultes, qui méprisent les faits, les chiffres, la réalité… » - il parle des journalistes obnubilés par leurs choix idéologiques, bien sûr, entretenus dans les écoles de journalisme et confortés par la peur de se démarquer de la pensée dominante. 

A la botte de MM. Niel, Drahi & Co, ce « parti des médias » entretenu et déconsidéré oblitère le réel – d’abord, en matière de sécurité. Il balaie, comme d’anodins « faits-divers », une criminalité qu’il occulte hystériquement. Voici comment : 
- Matraquage « d’édulcorants sémantiques », mots creux visant à endormir le lecteur, « personne » (au lieu de bandit, violeur assassin, malfaiteur) ; « produits » (au lieu de cocaïne, héroïne, ecstasy) ; toujours parler de « délinquants », jamais de « criminel » ; 
- Oblitération politiquement-correcte de l’origine des malfaiteurs : toujours donner les noms exotiques des victimes, jamais celui des assassins ; oubli de la dimension clanique ou tribale, ou des fratries, au sein des diasporas criminalisées ; 
- Etouffement de toute tentative d’exposer le coût réel de la criminalité en France
- Adhésion fanatique à l’inepte « culture de l’excuse », expliquant tout acte criminel par la misère sociale, le chômage et les discriminations. 

Dans un rare élan de lucidité, Le Monde écrivait (21 octobre 2016) que « l’occultation et le déni sont les pires manières de comprendre et d’agir ». Une rigueur que ce quotidien et d’autres du « Parti des médias » feraient bien de pratiquer eux-mêmes. 

Xavier Raufer, Conflits, n°13, avril-mai-juin 2017