vendredi 8 septembre 2017

Natixis, la banque française qui craint une "révolte des salariés"




Dans sa dernière note d'analyse, un économiste de Natixis constate les inégalités de revenus et le partage inégal des richesses dans l'OCDE. Il alerte les investisseurs sur les conséquences éventuelles d'une "révolte des salariés". 

La note de Natixis, parue un vendredi 18 août, aurait pu passer inaperçue. Une note comme les économistes et les analystes en publient régulièrement sur les sites des banques qui les emploient. Mais le sujet de celle-ci se situe bien loin des habituels "flash" sur la manière dont les taux d'intérêt influencent les politiques budgétaires et autres questions sur le quantitative easing. Son titre: "Peut-il y avoir une 'révolte' des salariés?". 

En introduction, l'auteur, directeur de la recherche et des études de la filiale de BPCE, Patrick Artus, se demande si, "dans les pays de l'OCDE, les salariés pourraient un jour se 'révolter' contre les inégalités de revenu, la déformation du partage des revenus en faveur des profits, la pauvreté, la stagnation de leur revenu réel?". 

La productivité augmente bien plus que les salaires 
Plus loin, l'économiste tient pour acquis les fondements de cette éventuelle fronde, et les illustre de graphiques qui n'auraient pas semblé incongrus dans un tract de la France insoumise. Une courbe sur la part de PIB détenue par les 1% les plus riches. Deux autres qui se disjoignent pour montrer comment la productivité des salariés a crû beaucoup plus vite que leur rémunération. Ou encore un graphique montrant que la taxation des ménages contribue plus que jamais au PIB.

Face à ce constat, l'économiste de Natixis s'inquiète des conséquences d'une "révolution" donc, terme qu'il place toujours entre guillemets. Le chercheur de la banque sauvée par l'État français en 2009 écrit notamment: "si les salariés se 'révoltaient', le choc inflationniste, et donc de taux d’intérêt, qui en résulterait aurait des effets très négatifs sur les détenteurs d’obligations, sur les États et les entreprises". 

Car une telle révolte occasionnerait selon lui "une hausse rapide des salaires" qui "conduirait à de graves déséquilibres financiers". À savoir donc, "une chute des marchés et une hausse des taux d'intérêt et de l'inflation". Certes les ménages en "bénéficieraient", mais pas les actionnaires, les finances publiques et les grands groupes. 

D'où cette mise en garde: "les investisseurs doivent s’interroger sur la possibilité de cette 'révolte' des salariés". Et s'ils la jugent probable, "se couvrir contre le retour de l'inflation et la baisse des indices boursiers", nous a précisé Patrick Artus.