samedi 5 août 2017

L’homme moderne : femme fontaine du Système ?

Plus de guerres, plus de convictions, seulement un monde vide où c’est un hédonisme incapacitant qui est devenu le seul horizon de générations d’Européens lentement rongés par le monde moderne. Celui-ci s’attaque insidieusement à tous les fondements d’une société autrefois bien plus saine et censée. Le pouvoir mondial et la lâcheté de nos contemporains se sont alliés pour faire changer l’homme qui devient de plus en plus une femme dans tout ce qu’elle a de pire. Cet état de fait ne touche bien sûr pas tous les mâles mais une partie d’entre eux qui ont vite été érigés par le Système et ses rouages médiatiques et sociétaux comme des modèles de leur époque. Même si l’on connait les manifestations les plus visibles de ce changement fondamental et très inquiétant chez ceux à qui l’on enlèverait volontiers le nom d’ « hommes », il est intéressant de se plonger dans leur environnement pour mieux saisir ce qu’ils sont, ce qu’ils aiment réellement et par quels biais on leur lave le cerveau pour les amener à accepter toujours plus d’inepties. Nous nous sommes donc procuré un numéro du magazine Lui (#3, décembre-janvier 2013-2014) où tout cela transparait de la manière la plus nette possible. Lui, c’est de la presse pour hommes d’aujourd’hui comme ils disent, équivalent pour lopettes de ce qu’est Elle pour les femmes. La couverture nous éclaire déjà un peu sur le contenu, c’est aguicheur et pas très malin : une fille qui pose seins nus et des titres racoleurs du genre : Joey Starr « Je suis une femme fontaine »

Première constatation quant à l’identité de la rédaction et des différents collaborateurs de Lui : nous ne sommes pas dans la France profonde mais bien dans celle du « journalisme » allié de l’oligarchie et du Système dans sa globalité. Les noms de Français de souche n’y sont donc pas largement majoritaires comme on s’y attendait bien. Quoi qu’il en soit, le directeur de la rédaction et éditorialiste est une figure médiatique bien comme il faut pour un tel titre de presse jouant à la fausse irrévérence dans le pur style Canal Plus : Frédéric Beigbeder. Dans son risible éditorial où il explique le choix du mannequin qui fait la une du numéro, il écrit sans rire que « ce n’est pas facile d’être le directeur d’une revue aussi ambitieuse sur le plan philosophique ». En effet, « la France a besoin de profondeur »… et certainement de Lui où l’on défend « la culture d’aujourd’hui » ! Merci de le dire, nous résumons ce qu’est « la culture d’aujourd’hui » : une arme de la société de consommation doublée d’une arme de destruction des identités enracinées. « La culture d’aujourd’hui » prépare l’homme de demain voulu par le Système : efféminé, égoïste, cosmopolite, pervers, obsédé par le paraître et le bling-bling tout en voulant cultiver une image de rebelle un peu cool, un peu swaag comme on dit chez les djeunes.

Comme toute cette presse à paillettes, la publicité est omniprésente et constitue une large partie des pages de Lui et ce, sans compter la rubrique sobrement intitulée la défonce du consommateur où vous piocherez des idées d’achats de babioles bobos inutiles mais très chères. Sinon, niveau pub’ : fringues de marque, bijoux de chez Edouard Nahum, montres, soins pour la peau et parfums mais aussi quelques annonces pour du Whisky car on s’adresse à des « hommes » quand même !! Des individus qui suivent ce qu’on appelle la « mode » eux aussi. Nous ignorons si vous le saviez, mais le hyp’ aujourd’hui pour le mec branché (non homosexuel… pour l’instant du moins), c’est d’être fauxmo. Merci à Alice Pfeiffer de nous éclairer d’un article sur cette question où l’on apprend qu’un fauxmo est un « homme » coquet empruntant nombre de ses codes vestimentaires fantasques aux gays. Un quizz vous permettra d’ailleurs de savoir si vous l’êtes... Vous trouverez en outre quelques conseils pour parfaire votre apparence si vous n’êtes pas encore assez fauxmo : vous saurez enfin quoi acheter pour soigner votre regard, vos lèvres et votre teint tout en ayant des « mains nickel (sic) ». L’article se termine d’ailleurs sur ce cri du cœur : « Alors, si l’homme gay moderne, défini par son questionnement sur les normes sociales, influence désormais l’hétéro français, on est plutôt sur la bonne voie. Espérons seulement que cette démarche soit aussi intellectuelle que stylistique ». On veut que l’homme moderne devienne un homo ultra consommateur, oui ou non ? 

Mis à part consommer, qu’est-ce qui intéresse l’homme moderne ? Le sexe bien sûr. Dans Lui, qui se veut tout de même un magazine typé charme, on trouve plusieurs séries de photos de filles dénudées, certaines jolies certes, mais l’essentiel n’est pas là. Ça reste très soft par rapport au reste car très (trop ?) hétéro. Les hommes, durant leur courte vie, devraient rechercher « le maximum de jouissances », et ne pas se priver de certains plaisirs, « notamment de la sodomie et des pratiques qui lui sont proches ». En effet, merci à Marcela Iacub de nous désinhiber sur cette question car on apprend grâce à elle qu’au XVIIIème siècle, tous les hommes ou presque s’enculaient joyeusement. Beh oui, c’était alors « une sorte de mode » comme elle dit… Et les hommes d’aujourd’hui, les imbéciles !, « ne profitent pas des émotions que pourrait leur procurer la pénétration par un sexe masculin. » Nous ne pouvons pas vous dire si le mec de Marcela aime y prendre par derrière mais on pourra toujours accompagner cette délurée journaliste dans les partouzes rétrogrades où les hommes se « limitent à échanger avec des femmes ». Vive la bisexualité en tout cas, nous sommes conquis et allons arrêter de croire que nous sommes hétéros alors que nous n’avons pas tout testé par puritanisme stupide ! En attendant, on va se mater un bon boulard ! Et ça tombe bien car l’un des plus longs articles du numéro concerné nous parle de Marilyn Chambers et du film porno Gorge profonde (1972) qui scandalisa l’Amérique de l’époque. On sent que l’auteur de l’article respecte au plus haut point cette « actrice » qui, la première, coucha avec un noir, « un de ses fantasmes », devant la caméra. Son mari, apprend-on plus loin, lui offrit comme cadeau d’anniversaire pour ses 21 ans, 21 amants… Une femme libérée, icône de la révolution sexuelle, une fille géniale quoi, un modèle de contre-culture qui connut le succès grâce aux films X et qui finit dans un club de striptease à se faire tripoter par les clients… Vous serez ravis d’apprendre que, bientôt, sortira un film sur elle réalisé par Abdellatif Kechiche qui vient de signer une superbe histoire d’amour entre deux lesbiennes, sans surprise Palme d’Or cette année à Cannes : La vie d’Adèle.

Du style, Joey Starr, en a ! C’est la vedette mise à l’honneur par Beigbeder dans ce numéro plein de surprise. D’ailleurs, à Lui, on mouille sa culotte pour ce rappeur accepté depuis de longues années par le show-biz qui le trouve tellement rebelle avec sa tronche de cannibale. Et oui, il est plein de « charisme » et puis, quelle « vie dépravée » il a eu. Encore un modèle ! Dans cette entrevue-vérité où les deux personnages s’envoient constamment des fleurs, on apprend la légendaire attirance de Jojo pour les bourgeoises (qui, quand elles n’aiment pas les Jojo, aiment les fauxmo dont on parlait plus haut) ou le fait qu’il a plein de copines qu’il trimballe en voiture. Génial, ça, c’est de la culture d’aujourd’hui ! En plus d’articles dits politiques d’une médiocrité affligeante, l’un des gros titres de ce numéro concerne l’Aube dorée. Attention, c’est du lourd. Le mouvement nationaliste grec semble effectivement composé de psychopathes trempant dans des meurtres ou des disparitions et qui partent régulièrement faire des « ratonnades ». Il est fou de constater en effet que le militant type de l’Aube Dorée « a des allures de racaille » (ce qui n’est pas le cas de Joey Starr), une racaille blanche, une racaille qui défend son pays contre ses ennemis, une saleté pour les journalistes de Lui… Qui fulminent contre ce parti mené par un « petit homme disgracieux » et qui, attention les yeux, trempe dans la prostitution et le trafic de drogue. Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose ! En tout cas, l’auteur du miteux article s’étrangle de rage de constater que le parti est si implanté en Grèce et qu’il est la troisième force électorale du pays. A cela, aucune explication vous ne trouverez ici, on se demande d’ailleurs comment cette armée de démons grecs (« Aube Noire ») peut rencontrer tant de succès. T’as pas une petite idée, connard ? 

Que ce soit au niveau de l’art, où l’on encense Koons, ou au niveau des courtes chroniques « culturelles » de Lui, partout se retrouve ce fumet qui mêle les obsessions du monde moderne à la fausse rébellion du bobo (réel ou en devenir) à qui est destiné avant tout ce magazine. Prenons l’exemple de ces « 5 livres qui donnent envie de se droguer » (comme Joey Starr ?) et du lyrisme que l’on retrouve à propos de Mathieu Lindon, auteur d’un livre sur la drogue, et qualifié de « La Rochefoucault de la seringue, Spinoza du shoot »… On pourrait relever tant d’autres choses dans ce fourbi minable qu’il serait possible de remplir encore des pages mais nous avons fait le tour de l’essentiel. Tout cela sent le cosmopolitisme sympa et l’ouverture à l’autre… sexuelle et culturelle ! Alors… si vous êtes un homme d’aujourd’hui et que vous n’en avez pas encore tous les codes sociaux, lisez Lui ! Avant de passer à Têtu, magazine similaire pour homos ? Lui, c’est un parfait support de propagande mortifère, une sorte de nouvelle Bible de l’homme moderne. Ce dernier va y puiser ses conditionnements qu’il va, comme un parfait soldat de l’empire, imposer à son entourage masculin et féminin, persuadé d’être dans le vrai. De ce fait, il défendra bec et ongles les nouveaux dogmes qui se sont imposés à lui. Cet homme-là aussi est notre ennemi.

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