jeudi 10 août 2017

Le gouvernement suédois confronté à une crise politique après la compromission de données confidentielles


L’on peut toujours gérer un service public comme une entreprise et chercher à réaliser des économies en externalisant certaines tâches. Sauf que cette manière de faire a quelques limites, comme le montre la crise politique qui agite la Suède ces derniers jours. 

Ainsi, en avril 2015, la Transportstyrelsen, l’agence suédoise en charge des transports, a externalisé ses opérations informatiques auprès d’IBM. Seulement, la société de services informatiques américaine a fait appel à des sous-traitants roumains et tchèques pour honorer le contrat qu’elle venait d’obtenir. 

Il n’y aurait rien à y redire si ce n’est que des informations confidentielles ont ainsi été mises entre les mains de techniciens roumains et tchèques qui n’avaient aucune habilitation pour y avoir accès. Résultat : l’identité d’agents des services de renseignement suédois est désormais potentiellement compromise, de même que, selon les forces armées suédoises, des informations sur le personnel militaire, les véhicules et les plans de défense et d’urgence. 

« Les techniciens tchèques ont pu accéder à toutes les informations stockées au cours de la période, y compris des bases de données confidentielles de la police contenant des casier judiciaires et des informations sur les personnes suspectées de crimes », a en outre rapporté la presse suédoise. 

L’affaire n’a été révélée que récemment. En réalité, elle remonterait au moins à la démission, en janvier 2017 quand Maria Ågren, la directrice de la Transportstyrelsen, a quitté son poste, sans donner d’explication. Mais les médias suédois ont appris, début juillet, qu’elle avait accepté de payer une amende de 7.300 euros pour avoir enfreint les règles relatives au traitement des données. 

Il est donc reproché au gouvernement suédois, conduit par Stefan Löfven, d’avoir cherché à étouffer l’affaire. Ainsi, le ministre de la Défense, Peter Hultqvist, et celui de l’Intérieur, Anders Ygeman, n’auraient pas fait remonter l’information alors qu’ils étaient au courant de cette compromission massive de données depuis 2016. 

« Ce qui s’est passé est un accident (…) Cela est contraire à la loi, et a exposé la Suède et les citoyens suédois à des préjudices », a déclaré M. Löfven, le 24 juillet, lors d’une conférence de presse donnée aux côté d’Anders Thornberg, le directeur de la Säpo (contre-espionnage) et du général Micael Bydén, le chef d’état-major des forces armées suédoises. 

Quoi qu’il en soit, cette affaire pourrait coûter cher à certains ministres. Et il n’est pas exclu que le gouvernement social-démocrate soit sous la menace d’une motion de censure qui a d’autant plus de chances d’aboutir qu’il ne dispose pas de la majorité absolue au Riksdag.