jeudi 20 juillet 2017

La vulgarité faite homme


Bien plus tard, le vent de l’histoire ayant tourné et l’Algérie conquit son indépendance, un groupe d’industriels français fit appel à moi pour que je leur obtienne auprès des ministres algériens, que j’avais naguère défendus, des contrats avantageux contre de juteuses commissions pour les ministres et une substantielle rétro-commission pour moi. De nouveau, je refusais. J’aurais accepté, je serais riche aujourd’hui, marié à une mondaine dont la vie agitée défraierait la chronique, et je porterais ostensiblement au poignet une montre Rolex en or, signe de réussite selon les propos vulgaires d’un publicitaire, grossiste en obscénité, conseiller du prince, peu importe du reste qu’il fût de gauche ou de droite, pourvu qu’il soit au pouvoir. La vulgarité faite homme... 

Jacques Vergès, De mon propre aveu