dimanche 30 juillet 2017

Italie : "Ordre, propreté, discipline, sévérité", une plage fasciste où domine la nostalgie de Mussolini fait scandale


À Chioggia, à une trentaine de kilomètres au sud de Venise, des journalistes transalpins ont récemment découvert un club de plage où le patron, admirateur assumé du dictateur Benito Mussolini, applique les préceptes du fascisme. Des révélations qui choquent l’Italie et ont entraîné l’intervention de la police le dimanche 9 juillet.

Les Partisans italiens doivent se retourner dans leurs tombes. À Chioggia (Vénétie), à une trentaine de kilomètres au sud de Venise, des journalistes transalpins ont récemment découvert un club de plage – le "Punta Canna" – où règnent les idées des pires années de l’Histoire de la Péninsule. Le patron du lieu, un admirateur assumé du dictateur Benito Mussolini, y applique en effet les infects préceptes du fascisme. 

Dès l’arrivée sur le rivage, les visiteurs sont mis dans l’ambiance, explique le quotidien La Repubblica, à l’origine de ces révélations qui choquent l’Italie et ont entraîné, dimanche, l’intervention de la police. De fait : outre des affiches à la gloire du Duce, certains panneaux et écriteaux ont de quoi interpeller : "Dans un pays ravagé par les voleurs institutionnels et grossiers, voici les règles qui manquent : ordre, propreté, discipline, sévérité." Rien que ça. Plus loin, sur la devanture d’une cabine, une autre pancarte embarrassante indique : "Interdiction d’entrée, chambre à gaz." Ce sur fond de messages sonores douteux et d'images de saluts romains, geste aject rendu célèbre par les nazis.

"La démocratie me dégoûte" 
"Je m’en fous, j’avance sur mon chemin : ordre, discipline, propreté", lâche le gérant du club, Gianni Scarpa, 64 ans, reprenant ses slogans au micro de la télévision publique italienne Rai 3. Torse nu, bandana jaune et noir vissé sur le crâne, lunettes de soleil sur le nez, le sexagénaire trapu ne cache pas ses penchants fascistes. "Je ne suis ni de droite ni de gauche et je n'ai pas peur de la loi italienne", martèle-t-il. À ceux qui le critiquent, il conseiller d'"aller sur une autre plage, il y en a plein d’autres." Et dans une autre vidéo, publiée par La Repubblica sur YouTube, Gianni Scarpa poursuit : "Les gens mal éduqués me dégoûtent, les gens sales me dégoûtent, la démocratie me dégoûte. Je suis favorable au régime [fasciste], mais ne pouvant pas l’appliquer hors de chez moi, je l’applique chez moi." 

"Impressionné", comme le relèvent nos confrères du Courrier international, le reporter du journal de centre gauche détaille quel genre de clients se rendent au Punta Canna : "Des jeunes du coin, body-buildés et tatoués, arborant notamment des symboles runiques, des aigles et des croix celtiques." Suffisant pour renforcer l’onde de choc dans un pays ayant subi plus de 20 ans de règne du tyran chauve ; l’affaire n’a ainsi pas manqué de faire réagir, bien au-delà de la lagune de Venise. 

Outré parmi les outrés, Enrico Veronese, représentant local de l’Association nationale des résistants italiens (ANPI), a publiquement exigé que la licence d’exploitation soit retirée à Gianni Scarpa. "Ce n'est pas chez lui, c'est une concession obtenue auprès de l'État italien qui a des règles nées de la constitution antifasciste, de la Résistance", souligne le militant. "Il doit les respecter s'il veut conserver la concession. Nous demandons la reprise en main de l'Etat et l'intervention de la police pour obtenir le respect de la loi." Un vœu entendu par le préfet de Venise, Carlo Boffi : "L'autorité publique a ordonné la suppression immédiate des panneaux et l'arrêt des messages sonores. Nous avons également informé le juge de vérifier s’il y a là un crime d'apologie du fascisme."