lundi 19 juin 2017

Val-d'Oise : Tony, bientôt expulsé de la voiture où il vit depuis trois ans


En panne, le monospace de ce SDF de 45 ans va être mis en fourrière à la demande de la ville, qui met en avant un problème lié au voisinage. 

Toute sa vie est rassemblée dans l’habitacle de sa voiture. Tony Cosnier vit dans un vieux Renault Espace garé sur un parking près de l’entrée de la clinique Mirabeau, à Eaubonne (Val-d'Oise), depuis plus de trois ans. Ce sans domicile fixe de 45 ans a trouvé ses repères, entre le centre commercial où il fait sa toilette ou les associations qui lui apportent de l’aide. Un équilibre qui pourrait bientôt être remis en question par son expulsion. 

Le 8 juin dernier, Tony Cosnier a trouvé sur le pare-brise de son monospace une carte du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) lui demandant de se rendre «en urgence au CCAS». «Votre véhicule va être mis en fourrière, vous devez le déplacer», indique le billet. Des propos confirmés sur place, puis par des agents de la police municipale en début de semaine. 

Mais le véhicule ne peut plus rouler en raison d’un problème de direction. Et le SDF se retrouve donc dans une impasse. «Depuis qu’ils m’ont dit ça, je suis sur le qui-vive, souffle Tony Cosnier. Je n’arrive plus à rien. Cela fait quatre ans que je demande un logement. J’en ai ras le bol, je bataille comme un fou. Cette situation n’a que trop duré.» 

Ce Breton d’origine, arrivé en région parisienne il y a quelques années pour suivre une habitante d’Eaubonne dont il était amoureux, s’est retrouvé à la rue après sa rupture. Il a bien fait des petits boulots, mais ses patrons ne l’ont pas gardé. Parce qu’il est sans-abri, selon lui. Aujourd’hui, il redoute de devoir vivre dehors. A un moment charnière de sa vie, puisque cet ancien artisan menuisier-plaquiste, qui vit aujourd’hui du RSA (Revenu de Solidarité Active), devrait être embauché en septembre prochain dans une entreprise d’Argenteuil. 

«Un problème lié au voisinage» selon la mairie 
 «Tout est en train de s’enchaîner, souffle-t-il. Mais jusqu’au mois d’août, je vais me retrouver à la rue et planter ma tente je ne sais pas où. Vivre dehors, c’est l’enfer. Ici, je me suis organisé pour rester clean, j’ai tous mes repères. Il m’a fallu un an à un an et demi pour calculer toutes les combinaisons.» 

Le maire (LR) Grégoire Dublineau confirme la procédure d’expulsion. «Cette personne est suivie, notamment, par les services de la mairie, et nous sommes très attentifs à sa situation», précise l’élu, qui évoque «un problème lié au voisinage et aux différents troubles que ça apporte». «Il y a une occupation difficile de cet espace et une cohabitation qui n’est pas simple», souffle le premier magistrat. 

Un argument réfuté par Tony Cosnier. «Je n’ai jamais eu un mot avec le voisinage, glisse ce père de deux petits garçons, qui vivent dans le Finistère avec leur mère. Les gens savent que je suis sérieux.» «Des habitants m’ont même offert une thermos», précise-t-il, en montrant la bouteille isotherme posée sur le siège passager de sa voiture. Avant de désigner les espaces verts situés près du monospace, vierges de tout déchet. «Il n’y a rien qui traîne car je ramasse tout, prévient le sans-abri. Si quelque chose traîne, je ne veux pas qu’on dise que c’est moi.»