lundi 19 juin 2017

J’en ai par-dessus la tête de ces précieuses intelligences qui s’obligent à vous aligner des pensées plaquées or


Voilà pourquoi Jack me botte. ces temps-ci, j’ai vu trop d’intellos. j’en ai par-dessus la tête de ces précieuses intelligences qui s’obligent à vous aligner des pensées plaquées or. et par-dessus la tête aussi de devoir batailler pour m’assurer un espace de liberté créatrice. c’est la raison pour laquelle je me suis si longtemps tenu à l’écart des masses, et maintenant que je recommunique avec mon prochain, je me dis que je ferais mieux de m’en retourner dans ma tanière. il n’y a pas que l’intelligence : il y a les insectes et les palmiers et les moulins à poivre, et dans mon souterrain, marrez-vous, j’apporterai un moulin à poivre. 
les foules trahissent toujours. 
ne faites confiance à personne. 
« les tantes et les hommes de gauche noyautent la poésie » s’exclame-t-il sans quitter du regard le canal. 
sous l’amertume et l’évidence de sa remarque, je renifle comme un parfum de vérité dont en même temps je perçois mal l’utilité. je suis parfaitement conscient qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la poésie – d’ailleurs, on n’ouvre pas sans ennui les recueils des grandes gloires, Shakespeare y compris. mais est-ce que ça n’a pas toujours été ainsi ? 

Charles Bukowski, Journal d’un vieux dégueulasse