mercredi 7 juin 2017

Casapound. Carnet de voyage d’un catholique chez les fascistes romains


Un lecteur nous a adressé ce compte rendu de voyage que nous vous proposons ci-dessous. 

CE QUE J’AI VU 
Je reviens d’un séjour de cinq jours à la CasaPound, centre social et mouvement fasciste italien, occupant un immeuble depuis 2003 dans le centre de Rome, où sont accueillies des familles italiennes dans le besoin. En Italie, l’adjectif « fasciste » n’est pas infamant : c’est un courant d’opinion minoritaire mais les Italiens respectent leurs morts de la Seconde guerre mondiale et sont reconnaissants au Ventennio (la période fasciste de 1922 à la fn de la guerre) d’avoir instauré les premières lois sociales, restauré les infrastructures et les routes (comme la superbe Via dei fori imperiali, pleine de touristes, qui relie le Colisée au Capitole et au palais de Victor-Emmanuel II en longeant les forums antiques) et sauvé l’Italie des bandes communistes.

L’une des choses les plus surprenantes ici, c’est qu’il est plus facile de se dire « fasciste » que « lepéniste » en France. La plupart des figures de la droite viennent peu ou prou des milieux fascistes tant Mussolini a laissé son empreinte sur la société italienne. À mon arrivée, Sébastien (français, responsable de l’accueil des étrangers) nous accueille à la gare de Termini. Notre chauffeur est Massimo, un père de famille d’une cinquantaine d’années, expulsé de son domicile avec sa famille. On nous explique que de jeunes militants de CasaPound se sont battus pour que ce couple et leurs enfants soient relogés.

Certains jeunes, tout comme leurs chefs, ont même fait de la prison pour s’être opposés à cette expulsion. Il est presque minuit, nous débarquons au Carré Monti. Pour fêter notre arrivée, le barman, Pierre, un Français docteur en philosophie et ancien instituteur, nous prépare trois Spritz . Le spritz est un cocktail alcoolisé largement consommé en apéritif dans les grandes villes 1 de la Vénétie et du Frioul-Vénétie julienne, et également répandu dans toute l’Italie.

À la fermeture du Carré, Sebastien nous propose d’aller manger un morceau au Cutty Sark, le pub historique de CasaPound, là où tout a commencé. Derrière la porte du pub sur laquelle est peint un portait du personnage Albator, se tiennent une quinzaine de jeunes du Blocco Studentesco qui ont préparé un colloque européen rassemblant des Espagnols, des Français, des Allemands et des Grecs. Le décor est chaleureux et soigné.

Tout le monde s’empresse de nous saluer en nous demandant nos prénoms et en échangeant avec nous quelques mots de bienvenue, l’accueil est fraternel et les attitudes sont bienveillantes. Cette atmosphère contraste avec celle de nos parvis d’églises ou de certains événements politiques en France. Une charmante personne nous apporte nos plats. Vient s’attabler avec nous Alberto, qui nous explique dans un français impeccable les voyages humanitaires en Syrie et chez les Karens qu’il organise avec les jeunes de CasaPound. 

Ce soir, nous dormons à la « Casa », le dortoir dans lequel nous déposons nos sacs s’appelle l’Ornithorynque. Ici, pas d’eau chaude pour la douche du matin afin de nous rappeler que le militant doit mépriser la vie commode (disprezza la vita comoda). Vendredi matin, nous sommes invités à une visite de Rome organisée par l’association culturelle Fons Perennis, pour l’anniversaire de sa fondation par Romulus et Remus, les topos historiques sont d’une qualité universitaire et ont été préparés par des militants de différents âges.

Il ne s’agit pas d’une simple visite historique, mais d’une méditation sur l’éternité de Rome et l’âme de la capitale d’un empire qui continue d’exister selon d’autres modalités malgré la succession des âges. Pour le déjeuner, Sébastien nous a recommandé les caramelle (fromage fumé entouré d’une tranche de jambon italien) et les bucatini all’amatriciana de l’osteria Angelino, restaurant situé juste à côté du Colisée, tenu par des membres de CasaPound.

Samedi matin, aura lieu le premier colloque organisé par l’organisation syndicale étudiante de CasaPound : le Blocco Stundentesco. La veille du colloque, les intervenants reçoivent un rameau d’olivier noué avec une branche de laurier symbolisant l’union de l’intelligence et de la force. Le grand jour est arrivé. Dès 9 heures du matin, des dizaines de jeunes s’attroupent devant l’immeuble de CasaPound : la plupart d’entre eux n’a pas vingt ans, filles et garçons venus de toute l’Italie.

Ils s’écartent respectueusement pour laisser les passants se frayer un passage au milieu de la foule. Le cortège, qui compte sans doute plus de trois cent jeunes se dirige vers la salle réservée pour le colloque. Les invités étrangers entrent en premier et sont installés au premier rang.

Des caméras ont été disposées pour filmer le colloque, la tenue de cette réunion est comparable à celle de nos grands partis politiques français à la différence du public qui semble bien plus jeune et enthousiaste. Les intervenants viennent de différents pays pour parler de leurs actions militantes. La deuxième partie du colloque est plus théorique et vise à définir ce qu’est l’identité européenne et la vocation de la jeunesse face aux enjeux politiques de l’Europe. Les intervenants de cette deuxième partie de colloque sont de jeunes éditeurs, universitaires ou enseignants. Cette première expérience semble avoir été un large succès.

Le soir, nous sommes invités à un concert acoustique à Acca Larenzia, haut lieu de mémoire devant lequel trois jeunes militants italiens ont été tués par un commando d’extrême gauche, dotés d’armes automatiques, le 7 janvier 1978. Au concert, l’ambiance est excellente, entre pogos festifs et chants de foule sur un fond de guitare acoustique. Le répertoire pourrait sembler inconciliable à nos jeunes français : après avoir chanté quelques chants populaires des mouvements de la droite italienne (équivalent des plus mélodieux de nos chants scouts), le premier groupe, Bronson, joue quelques reprises de Sum 41, Offspring (Self esteem, Kids aren’t alright) et Blink182 (What’s my age again ?), puis le second, Drittarcore, enfamme le public sur des mélodies de hip-hop romain et identitaire.

Aucune bagarre, aucun incident dû à l’alcool pour gâcher le bilan de cette soirée. Sur un mur, une fresque géante peinte par les victimes de l’assassinat du 7 janvier : nous sommes tous serrés comme des sardines car les Romains veillent à ne pas s’appuyer sur le mur pour ne pas endommager la fresque de leurs martyrs.

Je suis surpris par l’attitude des jeunes garçons vis à vis des jeunes filles, leur respect à l’égard de la gent féminine contraste une fois de plus avec ce que l’on peut rencontrer dans les rallyes de la bourgeoisie catholique ou certains milieux militants.


QUEL EST MON BILAN DE CE SÉJOUR ? 
Le plus intéressant, ce n’est pas tant les positions de CasaPound ou ses analyses sur la politique italienne et européenne, que je ne partage pas forcément, ce n’est pas non plus la qualité des moyens déployés lors du colloque, ni leurs effectifs militants qui dépassent de très loin celui des formations politiques françaises, ou leur implantation dans les quartiers, mais c’est avant tout l’esprit des militants eux-mêmes ! Je n’ai jamais rencontré cela en France. Les jeunes de CasaPound n’ont pas seulement de bonnes idées ou une bonne formation, mais ils sont surtout généreux de leur personne. J’ai vu des jeunes de quinze ans venir du sud de l’Italie pour écouter des conférences. 

J’ai vu des militants qui ont fait de la prison pour avoir défendu leur peuple, des jeunes souriants, courtois et respectueux qui veillent la nuit entière pour garder l’immeuble qu’ils occupent à Rome. Jamais en France je n’ai croisé pareil dévouement et sérieux mis au service d’une cause politique, voire religieuse. Mais je n’oublierai pas que, comme Rome, CasaPound ne s’est pas faite en un jour, que cette « terrible beauté » (nom du livre-manifeste d’Adriano Scianca) est le fruit du sacrifice de nombreux hommes et femmes qui consacrent leur vie à une cause qui les dépasse. Banque alimentaire assurée par les militants de Casapound.

Il y un véritable témoignage d’espérance dans leur engagement, car, sur le papier, rien ne peut nous démontrer à l’avance que les batailles entreprises par le mouvement ont beaucoup de chance d’être remportées. Sebastien m’a plusieurs fois répété durant nos discussions que les Français qui prétendaient à l’impossibilité d’exporter CasaPound se trompaient totalement. Je pense être trop jeune pour avoir un avis sur cette question précise, mais je suis convaincu que le courage, la générosité, l’intelligence, la force et l’esprit de communauté peuvent exister ailleurs qu’en Italie. Bien sûr, il faudrait y rester bien plus longtemps pour juger, si tant qu’on soit légitime pour le faire, l’action de CasaPound.

Mais mon intuition est que l’esprit CasaPound est une sorte de morale chrétienne laïcisée qui ne caricature pas le christianisme (comme le communisme par exemple ou l’esprit tiersmondiste), mais en conserve les meilleurs aspects. Bien sûr, je souhaite que les jeunes de CasaPound qui ne sont pas catholiques le deviennent, car il n’y a pas de vie sans Lui. Mais je retiens aussi les leçons humaines que j’ai reçues à leur contact.


LA DIFFÉRENCE AVEC LES MILIEUX FRANÇAIS 
À défaut de reproduire telle quelle la structure de CasaPound nous pouvons nous en inspirer dans de nombreux aspects. Premièrement, la générosité et le sens du sacrifice sont à mon sens les deux vertus dont nous manquons le plus dans nos milieux, car nous sommes devenus des bourgeois individualistes.

Nous ne croyons pas vraiment en ce que nous prétendons promouvoir, puisque nous échouons sans cesse par manque de générosité et de don de soi. Nous sommes trop souvent dans les postures infantiles et mythos (#TMPR), et pêchons par une attitude anarchiste et paresseuse alors que nous rêvons d’un ordre nouveau. Il faut faire un travail d’ascèse sur nous mêmes pour devenir capables de don et de discipline.

Ensuite, il faudra rompre avec notre tradition de l’orgueil, de la désobéissance et du caprice adolescent. Nous avons besoin, pour être efficaces, de chefs exemplaires et de militants droits et obéissants. Si nous pensons qu’il y a un ordre social indépendamment des caprices de la volonté humaine, alors nous devons aussi nous l’appliquer et être capables d’obéir même quand cela ne nous plait pas. Enfin, il faudra faire l’effort de l’enthousiasme pour en finir avec notre cynisme à la française qui nous pousse à toujours tout critiquer. 

Comment peut-on construire quelque chose de positif en vivant dans le mécontentement permanent et la mesquinerie à l’égard des autres mouvements, que nous voyons plus comme des adversaires que des camarades ayant simplement choisi une autre approche ? Ne soyons pas naïfs et mièvres pour autant, gardons notre capacité de discernement, mais il faut savoir reconnaître le positif et passer plus de temps à construire qu’à détruire ! 


CASAPOUND, POUR QUOI FAIRE ? 
Une fois mis de côté le romantisme du grand soir et de la révolution, il reste à savoir comment occuper nos petits matins. Casapound met en avant un idéal révolutionnaire, très fort, qui est la condition sine qua non de son dynamisme. Mais derrière cet horizon, on retrouve également une constante pragmatique : former une jeunesse, créer des lieux de vie communautaire, une contre-culture de droite, transformer une génération de bourgeois en chevaliers, monter un réseaux d’entrepreneurs, servir les pauvres… 

Tout cela a déjà en soi un sens. 

Bien évidement, cela s’oriente vers la prise du pouvoir, mais en passant par des étapes réalistes : on ne peut jamais faire 51% à des élections sans être passé par des scores plus modestes. Il ne faut pas oublier également que la politique politicienne n’est pas le tout de l’activité politique d’un pays. Reconquérir un pays passe également par un travail du pays réel, par la refondation d’une élite ; le pouvoir accordé par la « légitimité démocratique » n’est qu’une partie du pouvoir réel. Fixons-nous des objectifs humbles et réalistes et mettons-nous au travail pour de bon ! 

Un jeune catholique français