samedi 3 juin 2017

Au moins 501 sans-abri sont morts dans la rue en 2016


Mais ils seraient six fois plus nombreux, selon le collectif "Les Morts de la rue", qui leur a rendu hommage ce mardi à Paris. 

Il faudra plusieurs heures pour égrainer leurs noms, leurs âges, les villes où ils et elles sont décédés. Ce mardi, le collectif "Les Morts de la rue" rend hommage à 501 sans-abri qui sont morts dans les rues de l'Hexagone l'année passée, selon son décompte. 

501 morts recensés, 2800 estimés 
Pour recenser ces victimes du froid et de la pauvreté, l'association s'appuie sur les témoignages de riverains ou d'associations. Si elle a dénombré plus de 500 personnes décédées en 2016, après croisement de ses données et de celles de l'Inserm, elle estime que ces victimes seraient six fois plus nombreuses, soit environ 2800.

Ce mardi après-midi, l'association a installé un "cimetière éphémère" place du Palais royal à Paris. Des plaques portant le nom des défunts ont été disposées et les passants peuvent s'y recueillir ou déposer des fleurs. Tout près, les bénévoles citent tour à tour les noms de ces "morts de la rue", comme Mihaela, morte à 14 mois en mars dans les rues de Lille ou Marie-Rose, 96 ans décédée à Marseille en juillet. Parfois, les bénévoles n'ont ni leur prénom, ni leur âge. 

La liste de ces victimes a été publiée sur le site du collectif et dans le journal La Croix. "Ces listes ne sont en rien exhaustives et nous les communiquons afin que des familles, des amis, puissent apprendre ces décès", se justifie l'association. 

46 femmes et onze mineurs 
Selon les données des "Morts de la rue", les sans-abri décédés l'année passée avaient 49,6 ans en moyenne. C'est 30 ans plus tôt que la moyenne des Français. Parmi eux, il y aurait 46 femmes et onze mineurs, dont six avaient moins de 5 ans. Ces personnes ont vécu en moyenne 12 ans à la rue avant de mourir. 

Le plus souvent, elles ont perdu la vie dans des circonstances violentes (accident, suicide, agression ou encore noyade...) ou après une maladie. Les décès ont été plus nombreux en janvier, juillet et octobre, pour une raison que l'on ignore. Selon l'association, pour leur très grande majorité, ces sans-abri avaient des liens avec leur entourage, que ce soit avec les riverains, des travailleurs sociaux voire des amis. 

"Derrière les chiffres, il y a des visages, des noms, des histoires" 
Pour Cécile Rocca, membre du collectif, cette journée d'hommage permet "d'interpeller, de rappeler que derrière les chiffres, il y a des visages, des noms, des histoires". "En honorant les morts, nous agissons pour les vivants", ajoute-t-elle. 

Christian Page, qui vit dans la rue depuis deux ans depuis qu'il a été expulsé de son logement, affirme à l'AFP que parmi les morts de 2016 "il y en avait six que je connaissais". "Dans la campagne présidentielle, personne ne parle de logement, d'hébergement, ni de SDF. Pourtant la rue tue plus que les attentats. Le problème, c'est le manque de volonté politique", dénonce-t-il. 

Les décès dans la rue n'ont malheureusement pas attendu cette cérémonie pour reprendre leur cours. Selon les premiers décomptes du collectif, en moins de trois mois, 70 personnes sans-abri sont déjà décédées. Elles avaient 48 ans en moyenne.