mardi 23 mai 2017

Theresa May part en guerre contre l’immigration


Favorite des sondages, la Première ministre britannique présente son programme en vue des élections du 8 juin. Elle promet notamment de relever la taxe sur les entreprises qui emploient des non-Européens. 

Theresa May réaffirme l'engagement pris par le Parti conservateur il y sept ans, et qu'il n'a jamais réussi à respecter jusqu'à présent. La Première ministre britannique promet de réduire l'immigration nette vers la Grande-Bretagne à moins de 100.000 personnes par an, presque trois fois moins que les flux migratoires constatés actuellement. Elle présentait jeudi son programme en vue des élections qu'elle a convoquées pour le 8 juin . « Il est difficile de construire une société unie lorsque l'immigration est trop élevée et augmente trop vite », a-t-elle lancé dans un discours à Halifax, au nord de l'Angleterre. 

Pour la favorite des sondages , l'immigration exerce une pression à la baisse sur les salaires (ce qui est contesté par les économistes) et pose des problèmes de capacité pour les services publics comme la santé ou l'éducation. Le contrôle de l'immigration en provenance d'Europe, massive au Royaume-Uni, est l'une des principales raisons pour lesquelles les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne. Mais Theresa May ne pourra rien faire tant que le Brexit ne sera pas effectif, soit au moins jusqu'en 2019. 

En attendant, elle s'attaque à l'immigration en provenance du reste du monde, qui est presque aussi nombreuse. La taxe qui pèse sur les entreprises employant des étrangers non européens qualifiés sera doublée, passant de 1.000 à 2.000 livres par salarié et par an d'ici à 2022. Le gouvernement conservateur, s'il est reconduit, demandera aussi à tous les étrangers de contribuer davantage au financement du système de santé. La taxe dont ils s'acquittent pour bénéficier des soins gratuits sera triplée, passant de 200 à 600 livres par an. Enfin, les visas seront plus difficiles à obtenir pour le regroupement familial et pour les étudiants non européens. 

Le gouvernement conservateur, s'il est reconduit à Downing Street, demandera aussi à tous les étrangers, qu'ils soient européens ou non, de contribuer davantage au financement du système de santé public. La taxe dont ils s'acquittent pour bénéficier des soins gratuits outre-Manche sera triplée, passant de 200 à 600 livres par an pour les travailleurs immigrés et de 150 à 450 livres pour les étudiants. Le Parti conservateur assure que ces prélèvements restent raisonnables par rapport à ce que paient les Britanniques résidant à l'étranger. 

Le regroupement familial plus difficile 
Enfin les visas seront plus difficiles à obtenir pour les non-Européens. Les seuils de revenus minimum requis pour les personnes qui veulent faire venir au Royaume-Uni des membres de leur famille seront relevés. Et les conditions d'attribution des visas pour les étudiants étrangers (non-Européens) seront « durcies ». 

L'immigration nette vers la Grande-Bretagne a atteint 273.000 personnes au cours des douze mois compris entre octobre 2015 et septembre 2016 : 596.000 personnes se sont installées outre-Manche tandis que 323.000 ont quitté le pays. « Il est difficile de construire une société unie lorsque l'immigration est trop élevée et augmente trop vite », a estimé Theresa May. La Première ministre estime que « l'immigration incontrôlée » exerce une pression à la baisse sur les salaires (ce qui est contesté par certains économistes) et qu'elle pose des problèmes de capacité pour les services publics comme la santé ou l'éducation. 

La réaction du patronat a été immédiate. Pour Carolyn Fairbairn, à la tête de l'organisation patronale CBI, les mesures anti-immigration présentées jeudi sont « le talon d'Achille » du programme des conservateurs. Ils risquent de pénaliser le Royaume-Uni dans la course internationale aux talents avec une approche trop « dure » de la question, a-t-elle jugé. Le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, a lui aussi critiqué la hausse de la taxe sur les employeurs, estimant qu'elle causerait « de gros dégâts » pour l'économie de la capitale. 

L'austérité en pause 
Avec ce discours musclé, Theresa May vise directement les électeurs de l'Ukip, le petit parti anti-immigration de droite, qui connaît un véritable effondrement dans les sondages depuis le référendum sur l'Europe. La Première ministre a aussi présenté des mesures sociales destinées à l'électorat traditionnel de la gauche, lançant un appel aux « travailleurs ordinaires » : amélioration de la prise en charge des personnes âgées dépendantes, prix plafond pour les factures de gaz et d'électricité, garantie des droits des salariés après le Brexit... Elle a aussi relâché un peu plus l'austérité, repoussant de trois ans, à 2025, le retour à l'équilibre budgétaire. 

Les retraités seront mis à contribution pour financer certaines mesures. Leurs pensions ne progresseront plus aussi vite et seuls les moins aisés continueront à bénéficier d'une prime pour leur chauffage au fioul. Ces décisions marquent une relative rupture pour le Parti conservateur, traditionnellement attaché à cajoler les retraités, qui sont le coeur de son électorat. « Theresa May peut se le permettre car elle est certaine de gagner les élections. Les seniors conservateurs grogneront un peu, mais ils ne voteront pas pour autant pour d'autres partis », estime Jennifer Hudson, de l'université UCL. « La Première ministre profite de sa large avance pour présenter des mesures difficiles mais qui marqueront son bilan », ajoute Tim Bale, politologue à l'université Queen Mary.