lundi 17 avril 2017

Le Premier ministre a l'air bien seul avec ses appels au calme

     Dans le métro, on ne trouve plus de trace de l'écran de gêne qui entrave habituellement les gestes des passagers. Les inconnus se parlent, ils ne s'abordent plus. Une bande en conciliabule à l'angle d'une rue. Des rassemblements plus vastes sur les boulevards qui discutent gravement. Les assauts se répondent d'une ville à l'autre, d'un jour à l'autre. Une nouvelle caserne a été pillée puis brûlée. Les habitants d'un foyer expulsé ont cessé de tracter avec la mairie : ils l'habitent. Dans un accès de lucidité, un manager vient de refroidir, en pleine réunion, une poignée de collègues. Des fichiers contenant l'adresse personnelle de tous les policiers et gendarmes ainsi que des employés de l'administration pénitentiaire viennent de fuiter, entraînant une vague sans précédent de déménagements précipités. Dans l'ancienne épicerie-bar du village, on apporte l'excédent que l'on produit et l'on se procure ce qui nous manque. On s'y réunit aussi pour discuter de la situation générale et du matériel nécessaire pour l'atelier mécanique. La radio tient les insurgés informés du recul des forces gouvernementales. Une roquette vient d'éventrer l'enceinte de la prison de Clairvaux. Impossible de dire si c'est un mois ou des années qui se sont écoulés depuis que les " événements " ont commencé. Le Premier ministre a l'air bien seul avec ses appels au calme. 

comité invisible, L'insurrection qui vient