lundi 17 avril 2017

De la guérilla à la guerre révolutionnaire


Le grand tournant, en matière de guerre insurrectionnelle, a été pris, à la fin des années 1930, par Mao Zedong. 
     Ayant réussi à échapper, au terme de la Longue Marche (1934-1935), à une ultime campagne « d’encerclement et d’extermination » menée par les troupes du Guomindang, les rescapés du parti communiste se réorganisèrent. 
     C’est dans les circonstances dramatiques de cette retraite que Mao Zedong s’assura du pouvoir et que, par la suite (1936-1938), il définit sa stratégie. Jusque-là, depuis des temps immémoriaux, la guérilla était une technique d’irréguliers, fondée sur la surprise et la mobilité, destinée à affaiblir une armée régulière (comme en Espagne entre 1808 et 1814). 
     Parfois, avec les mêmes techniques, on épaulait une armée régulière contre un adversaire étranger. Il s’agissait alors d’une guerre de partisans, comme en Russie en 1812. 
     Pour Mao Zedong, la guerre révolutionnaire, fondée, au début, sur la surprise, la mobilité et le harcèlement, est destinée, de façon ultime, à s’emparer du pouvoir
     C’est grâce à la mobilisation, à l’organisation des populations et à la propagation d’une idéologie, que la technique irrégulière de la « petite guerre » se transforma en guerre révolutionnaire. L’encadrement par la persuasion et la coercition des populations constituait toute la différence entre la guérilla traditionnelle (ou la guerre de partisans), et la guerre révolutionnaire. Celle-ci, avec le temps, transformait sa faiblesse initiale en force, grâce à une emprise progressive sur la population. 
     L’originalité de Mao Zedong résidait dans la politisation de la guérilla. Cela consistait à mobiliser la paysannerie pauvre (les insurrections ouvrières avaient été écrasées) à l’aide de cadres moyens qui s’implantaient auprès des populations, après avoir éliminé les agents de l’État, et à susciter des hiérarchies parallèles remplaçant ces derniers. 
     Ce processus partait du village, où s’organisaient la production et l’autodéfense, pour déboucher à l’échelle de la province, où combattaient les éléments les plus militants et, par la suite, au niveau national. 
     Cette division à trois niveaux a été reprise par de nombreux mouvements comme les Vietnamiens ou, par exemple, les militants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, comme j’ai pu le constater en 1964-1966. 
     C’est administrativement qu’il faut contrôler le pays. 
     Les rapports entre les combattants et la population doivent rester aussi étroits que possible. Il faut veiller, par l’intermédiaire des commissaires politiques, à la bonne tenue des combattants qui doit contraster avec le comportement corrompu de l’armée nationale. 
     Divers facteurs concourent au succès des communistes : 
     - L’invasion japonaise, permettant la mobilisation contre une invasion étrangère ; 
     - L’espace chinois, qui constituait en lui-même un sanctuaire ; 
     - L’effondrement des troupes nationalistes en 1947-1948, dû à des causes économiques, dont l’inflation, et au désarroi moral. 

Gérard Chaliand, L’impasse afghane