samedi 8 avril 2017

Capitalisme, peuple et atomisation sociale

Vous inspirant d'Orwell, vous invoquez souvent la "common decency" d'un peuple qui aurait gardé des réflexes moraux contre l'atomisation sociale provoquée par le capitalisme. Mais n'est-ce pas une vision irénique ? Quel est-ce peuple dont vous parlez ?
J-C. M. : En 1956, Wright Mills décrivait la classe dominante ("l'élite du pouvoir") comme cette minorité qui, non seulement n'a pas à "faire face aux problèmes quotidiens", mais qui "dans une certaine mesure crée elle-même ces problèmes et oblige les autres à y faire face". Il me semble que cette définition minimale est aujourd'hui plus actuelle que jamais. Quant à la question de la "décence commune" (même si le mouvement d'atomisation libérale du monde ne cesse d'en détruire les conditions sociales et anthropologiques), il me semble toujours aussi évident que ce sentiment d'injustice qu'est le point de départ de toute conscience morale a plus de chances de naître chez ceux qui subissent de plein fouet les nuisances du monde libéral moderne que chez ceux qui profitent de ces nuisances ou, a fortiori, les organisent.
L. S-B. : Aucun courant politique n'a le monopole du peuple, même si la gauche aime à le croire. Cependant, le conservatisme de droite, historiquement, parle beaucoup du peuple que ne peut le faire la gauche, lui préférant le concept de nation.

Jean-Claude Michéa-Laetitia Strauch-Bonart : peut-on être libéral et conservateur ?, Le Figaro, vendredi 13 janvier 2017