mercredi 15 mars 2017

Partis d’un absolu, ils peuvent exiger


Si l’on en croyait l’auteur, le monde moderne serait une vaste entreprise religieuse, appuyée sur le sport, les spectacles, les journaux qui ont remplacé les anciennes aristocraties et le christianisme. Tout cela formerait un système invincible, s’il ne trébuchait sur certains points comme la guerre. 
     La guerre, en effet, vient tout remettre en question. Nous ne croyons plus beaucoup qu’elle se fasse pour le Droit et pour la Liberté. Nos gouvernants sont très humanitaires, mais le malheur veut qu’ils nous fassent rire. Voici pourquoi : 
     Si le hasard veut qu’on parle en leur présence du bon Dieu, de l’ordre ou de la vérité (nous nous en tenons aux notions extrêmes), ils ont un fin sourire et des renseignements de dernière main pour nous affirmer que tout cela n’existe pas. Déçus, quelques garçons se lancent alors dans le fascisme où ils trouvent au moins une chose qu’ils puissent tenir ferme dans la vie : la crosse de leur revolver. Mais alors nos girondins se fâchent tout à fait. Ils déclarent impérieusement qu’on doit, qu’il faut, que la raison interdit… Au besoin, ils demandent qu’on fusille ces exaltés et quand on leur répond : « Tuer ou ne pas tuer son voisin, c’est une affaire de goût » - ils n’apprécient plus du tout la plaisanterie. Avec leur peur, le monde retrouve son sérieux. 
     Les fascistes (les anarchistes, les terroristes) sont donc honnêtes, puisqu’ils appliquent les principes de la terreur qui sont les plus justes, si le monde est vraiment absurde, comme l’enseignent nos sceptiques. Les chrétiens sont également logiques. Partis d’un absolu, ils peuvent exiger. Une civilisation ne se fera pas autrement. C’est elle qu’attend – plus ou moins consciemment – la génération qui a eu vingt ans en 1945.

Roger Nimier, Post-face du Grand d'Espagne