mardi 7 mars 2017

Le commando d'Extrême-Orient (Dam Sam) dans le conflit algérien

L'histoire du commando Dam San, le Commando d'Extrême-Orient, débarqué à Oran le 6 avril 1956, est celle d'Indochinois en guerre, loin de leur pays, au service de la France. Ils étaient paysans, montagnards des plateaux du Centre-Vietnam, Nungs, Thos, Thais, Cambodgiens, Vienamiens du Nord, du Centre, du Sud. Tous étaient des volontaires, animés de l'espoir de mériter par leur sang, la qualité de Français. C'est la chanson d'une geste moderne, racontée par leur chef. L'amertume que l'on y trouve correspond aux difficultés rencontrées, non pour mourir, mais pour devenir Français.


13 janvier 1959 : Le Commando présentant les armes au général Raoul Salan 

Incorporé au 22e RIC en 1956, le Commando mena des embuscades et patrouilles près de la frontière marocaine et effectua des contrôles de villages.
Devenu réserve opérationnelle aux ordres du colonel commandant le secteur de Marnia, il connut une grande variété de missions et prit part à de nombreux combats. Parmi les opérations les plus spectaculaires de cette période, il faut citer les assauts suivants, qui valurent à l'unité un élogieux témoignage de satisfaction du général commandant la 12e DI :
- djebel Fillaoussene , le 15 juillet 1956 et le 17 avril 1957,
djebel Kroun, le 22 juillet 1956,
le Kef, le 8 octobre 1956,
Taffessera, le 25 mai 1957,
djebel Aimar, le 5 juillet 1957,

Du 4 janvier au 14 mai 1958, le Commando fut affecté au secteur de Guelma, tenu par le 151e RIM, puis intégré au groupement mobile du 1er REP aux ordres du colonel Jeanpierre. Il se distingua tout particulièrement :
le 21 janvier 1958, au combat d'Hammam Ouled Ali,
le 24 janvier 1958, à l'assaut de Kef Fernane, où la prise de quinze armes dont une mitrailleuse, lui valut les félicitations du général de corps d'armée de Constantine.
le 18 mars 1958, au djebel Marjoum, avec la prise de quatre armes
le 29 mars 1958, au Chabet Ben Saïd, avec la prise de seize armes dont trois mitrailleuses
les 29 et 30 avril 1958 au douar Hanencha, avec la prise de vingt huit armes, dont trois fusils mitrailleurs sans compter diverses actions contre les bandes locales.

1959 : Les sergents-chefs Man et Bick en opération

Du 19 septembre 1958 au 1er juin 1960, affrontée à la guérilla parcellaire, l'unité fut affectée au secteur de Tenès et ses montagnes côtières, où elle adopta la doctrine des commandos de chasse. Elle y livra plusieurs combats :
9 mars 1959, au Bissa, prise de cinq armes
1er avril 1959, dans l'Oued Dalia, prise de cinq armes dont un fusil mitrailleur
14 mars 1960, au djebel Nador, prise de quatre armes
le 1er avril 1960, sur le djebel Rregoun, prise de quatre armes, dont un fusil mitrailleur
le 13 avril 1960, au djebel Tabedouret, prise d'une arme.

Au terme de quatre années de guerre, le Commando Dam San fut dissous à Alger, à l'issue d'une émouvante prise d'armes qui se déroula au camp de Beni Messous le 12 juin 1960. Il comptait vingt quatre tués. Les corps de vingt d'entre eux furent regroupés au cimetière militaire d'El Alia, deux furent inhumés en France et deux furent réclamés par leur famille en Indochine. Ses membres d'origine indochinoise rejoignirent le 1er RPIMa de Bayonne. Les cadres européens furent mutés en France et en Algérie.

L'histoire de ce Commando, phalange de vaillants tirailleurs indochinois embarqués pour la France en 1956, est celle d'une véritable expérience d'intégration. Elle reflète l'enthousiasme des anciens colonisés pour un certain visage de la Mère-Patrie, l'inquiétude des derniers représentants de la France avant l'évacuation, le désespoir des volontaires trop vite placés au contact des difficultés de l'assimilation, le renouveau de leur équilibre mental au fur et à mesure qu'ils sentirent recréer autour d'eux le cadre franco-indochinois nécessaire à leur évolution.

Les pages de gloire de cette unité, qui figura parmi les plus célèbres d'Algérie, ne feront pas oublier son drame profond, et les perspectives d'avenir de ces jeunes gens, qui ont voulu dévorer deux mille ans et douze mille kilomètres dans une seule existrence d'homme. Extrait du livre "Le Commando d'Extrême-Orient" écrit par le général Guy SIMON en mars 1963. PC FNCV


Août 1958 - Le Commando d'Extrême-Orient en vacances à Paris 

"Compagnons, j'ai voulu vous parler de ces choses 
Et dire en quatre mots pourquoi je vous aimais 
Lorsque l'oubli se creuse au long des tombes closes, 
Je veillerai du moins, et n'oublierai jamais. 

Si parfois dans la jungle où le tigre vous frôle, 
Et que n'ébranle plus le recul du canon, 
Il vous semble qu'un doigt se pose à votre épaule, 
Si vous croyez entendre appeler votre nom. 

Soldats qui reposez sous la terre lointaine 
Et dont le sang donné me laisse des remords, 
Dites-vous simplement: "C'est notre capitaine 
Qui se souvient de nous et qui compte ses morts"." 

Capitaine de Borelli 
Tuyen Quang, le 3 mars 1885