mardi 28 mars 2017

Jacques Perret, passeur flamboyant



Un essai de Pol Vandromme et une poignée de rééditions ravivent le souvenir de cet écrivain de grand vent, pour qui la tradition est synonyme d’allégresse.

Tout d’abord, il y a le plaisir : jovial comme le serveur d’un estaminet de bon aloi, rieur comme un franc-tireur qui vient de réussir un coup de main, franc et joyeux comme un bon petit vin au goût de pierre à fusil, sonore comme un claquement de langue satisfait après une gorgée gouleyante, allègre comme le jet matutinal du paysan sur son tas de fumier, face au soleil levant, dans les senteurs de terre mouillée et de foin lié, enthousiaste comme le vent prometteur qui s’engouffre dans le grand cacatois, à l’aube d’un périple vers des terres vierges et consolatrices. La prose de Jacques Perret, c’est une immédiate jubilation des sens, allègre et policée, qui conduit à une jubilation du Sens : car le bonheur qui se niche dans le geste le plus anodin est décuplé du savoir que ce geste a une histoire ; l’irrésistible besoin qui saisit tout honnête homme, à la vue d’une cognée, d’y mesurer sa poigne, fait lever en masse la foule de ceux qui avant vous l’ont saisie ; le plus mince objet, la plus innocente coutume, le plus obscur préjugé, chargés d’un passé immémorial, y ouvrent des abîmes de songerie sur la longue chaîne de fraternité qu’est l’aventure humaine.

Écrivain de l’allégresse, témoin de sympathie, chantre de l’accord au monde, en même temps qu’implacable résistant à tous les gougnafiers qui s’échinent à briser cette harmonie entre l’homme et la terre, à rompre cette amitié entre l’homme et lui-même, français jusqu’à l’ultime pointe de la moustache et enivré de passé jusqu’à la manie, Jacques Perret n’a pas grand-chose pour être à la mode. Dans le numéro spécial qu’une jeune (et excellente au demeurant) revue monarchiste consacrait à Jacques Perret, peu de temps après sa mort le 10 décembre 1992, Jean Raspail prédisait : « J’en prends le pari :il n’y aura pas de purgatoire pour Perret. » À croire que le don prophétique de l’auteur du Camp des saints s’exerce mieux dans le pessimisme, car il faut bien avouer qu’à part la ferveur de quelques fidèles et l’activité inlassable des éditions du Dilettante, qui multiplient inédits et rééditions, Perret a quelque peu disparu des librairies et semble bien ignoré des générations montantes. Saluons avec d’autant plus d’enthousiasme l’essai que lui consacre Pol Vandromme, sous le titre Jacques Perret, Gaulois de noble origine (le Rocher), encadré par quelques rééditions : deux romans maritimes, veine que Perret disait préférer dans son œuvre, le mineur Mutinerie à bord (le Dilettante) et le merveilleux Vent dans les voiles (le Rocher, préfacé par Pol Vandromme), qu’accompagne un recueil de Chroniques (même si on reprochera aux éditions Arcadia d’utiliser, comme trop souvent, le morceau choisi comme une technique efficace de censure discrète).

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