samedi 18 mars 2017

Freedom fighter : Jean Tranape

Né le 3 décembre 1918 à Nouméa d’un père vietnamien, Jean Tranape, est engagé volontaire, et est affecté au bataillon du Pacifique, regroupant Tahitiens et Néo-Calédoniens de la France libre. « Brave jusqu’à la témérité », selon l’une de ses citations, porte-drapeau de son unité, car le plus décoré, il finit la guerre sergent-chef.

« En juin 1940, je faisais mon service militaire au bataillon mixte d’infanterie coloniale à Nouméa. A la nouvelle de la défaite, tout le Pacifique s’est rallié à de Gaulle. D’abord les Nouvelles Hébrides, puis Tahiti, avec les soldats emmenés par le capitaine Félix Broche, et la Nouvelle-Calédonie qui a suivi en septembre. Ceux des administrateurs et militaires qui refusaient ont été expulsés vers l’Indochine. Le bataillon du Pacifique a été mis sur pied, fin septembre, à la demande du général de Gaulle et comprenait 600 hommes, pour moitié des Tahitiens et moitié des Néo-Calédoniens. Au début, on ne se mélangeait pas beaucoup, les Tahitiens aimaient bien boire et il y avait quelques frictions entre nous. Mais ils chantaient très bien, ils donnaient même des concerts. On est resté sur place jusqu’en mai 1941, car il ne fallait pas désarmer en raison de la menace japonaise. On a embarqué sur un bateau de Néo-Zélandais, direction l’Australie, où nous avons été équipés avant de rejoindre Suez et la mer Rouge. En Egypte, quand les Français métropolitains nous ont vus arriver de si loin, ils étaient un peu étonnés.
A Bir-Hakeim, le bataillon du Pacifique a été décimé. C’était l’enfer. On était à court de munitions et de vivres. Notre chef, Félix Broche, a été tué dans son PC, un obus est tombé directement dessus. Ensuite, on a fait El-Alamein, la Tunisie, puis la campagne d’Italie où j’ai été blessé par l’explosion d’une grenade. Ça a été le plus dur.je me souviens d’un assaut où nous avons été massacrés par l’artillerie et durant lequel j’ai vu un de mes camarades prendre feu devant moi. J’ai tenté d’éteindre ses vêtements avec mes mains, mais il était trop tard. Ensuite, j’ai compris pourquoi il s’était transformé en torche : c’était lui qui portait la musette avec les fusées éclairantes.
Poser le pied sur le sol français, à Cavalaire, en août 1944, a été ma plus grande joie. Jusque-là, je m’étais battu dans des pays étrangers. C’était la première fois que je venais en France, la mère patrie. La première nuit, on a dormi dans les vignes, je n’en avais jamais vu. Au petit matin, on a mangé du raisin, une grande première.
En tout, nous avons eu 50% de pertes. A notre retour, les Tahitiens nous ont accueillis en héros. Ils sont venus en pirogue, avec des guitares, en dansant le long de la côte, ils voulaient nous donner une compagne. A Nouméa, l’accueil a été plus froid. Les Américains étaient déjà là et ils avaient de l’argent. Nous, on n’avait pas grand-chose. »