mardi 28 mars 2017

Cette montée en puissance du Mal sous les auspices et les apparences du Bien est devenue la vérité de notre monde

Mais il y a aujourd'hui une autre forme du Mal, celle du Mal absolu. Ce Mal absolu naît de l'excès du Bien, d'une prolifération sans frein du développement technologique, d'un progrès infini, d'une morale totalitaire, d'une bonne volonté universelle. Ce Bien absolu dès lors se retourne en son contraire, le Mal absolu. Alors que le Mal, dans sa tradition morale du théologique, n'a pas d'essence propre, pas de racine, pas de finalité - c'est au fond une illusion - le Bien, lui, avait une finalité idéale, mais c'est cette finalité idéale qui vire, par excès, au catastrophique.
     Cette montée en puissance du Mal sous les auspices et les apparences du Bien, cette entreprise intégrale du Bien n'étant que l'aboutissement de cette réalité intégrale devenue la vérité de notre monde.

Jean Baudrillard, L'agonie de la puissance