mercredi 15 février 2017

Le Parlement européen ratifie le CETA, traité de libre-échange entre l’Union et le Canada

Le Parlement européen a ratifié à une large majorité l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA, Comprehensive Economic and Trade Agreement), mercredi 15 février. Après un débat particulièrement animé, marqué par des perturbations d’opposants dans les tribunes, les eurodéputés ont voté le texte par 408 voix pour, 254 voix contre et 33 abstentions. Cette étape devrait permettre l’entrée en vigueur provisoire du traité en avril, même si chacun des parlements nationaux doit encore s’exprimer, ce qui pourrait créer de nouveaux blocages. 

La majorité au Parlement européen ne faisait guère de doute dans la mesure où les conservateurs, les libéraux et la majorité des sociaux-démocrates étaient en faveur de ce traité, négocié depuis plusieurs années. Les Verts, l’extrême gauche et l’extrême droite y étaient, eux, fortement opposés, mais ils restent minoritaires dans l’hémicycle européen. Quelques centaines d’opposants ont également manifesté devant les bâtiments de l’assemblée strasbourgeoise. 

« Une chance unique pour l’UE si elle veut prendre un rôle majeur » 
Les partisans du traité ont brandi le contexte politique, avec l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, pour défendre l’accord. « C’est une chance unique pour l’Union européenne si elle veut prendre un rôle majeur dans l’économie mondiale », a expliqué le rapporteur letton, Artis Pabriks (Parti populaire européen, PPE). 

Ce dernier s’en est pris aux opposants, s’étonnant qu’ils refusent de signer un accord avec la Canada du libéral Justin Trudeau, « avec qui nous sommes parfois plus proches que certains de nos Etats-membres ». Le premier ministre canadien doit s’exprimer devant le Parlement jeudi matin. 

« Nous partageons avec le Canada des valeurs de tolérance », a ajouté la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström. « Rien dans cet accord ne diminue les droits des Etats de réguler leurs services publics, les droits des travailleurs ne seront pas touchés », a-t-elle promis, alors que les opposants s’inquiètent des risques de concurrence déloyale. 

« Vous-même ne savez pas dire combien [le CETA] va créer d’emplois », a rétorqué le député écologiste et candidat à la présidentielle française, Yannick Jadot. « Il faut construire une globalisation de la régulation si nous ne voulons pas que l’Europe continue de se disloquer. » 

Les eurodéputés socialistes français votent contre 
Les propos des opposants de gauche ont été systématiquement vivement applaudis par les bancs de l’extrême droite, à commencer par Marine Le Pen. La présidente du Front national a dénoncé un accord « scélérat » qui va « détruire des centaines de milliers d’emplois ». « Le peuple français aura une possibilité de revenir sur cet accord » en cas de victoire à la présidentielle, a-t-elle promis, en laissant entendre qu’une sortie de l’Union européenne entraînerait également une sortie de la France de ce traité de libre-échange. 

Face à ces camps très soudés, les sociaux-démocrates européens se sont, eux, affichés particulièrement divisés. « Pour nous, le CETA ne constitue pas un modèle, mais le début du changement de la politique commerciale européenne », a expliqué le président du groupe, Gianni Pittella, favorable au texte, mais qui a fait face à une fronde importante, bien que minoritaire, au sein de son groupe. 

L’ensemble des eurodéputés socialistes français a ainsi voté contre le texte. « Il contient beaucoup trop de risques et d’incertitudes », a expliqué Emmanuel Maurel, porte-parole de la délégation socialiste française et proche d’Arnaud Montebourg, en évoquant sa préoccupation pour « l’environnement, les marchés agricoles, les normes sanitaires et notre modèle social »