dimanche 12 février 2017

Chers djihadistes, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s'y trouvait entassé - Philippe Muray


Un an après le 11 septembre, Philippe Muray, l'éternel chroniqueur de la postmodernité, publie prophétiquement Chers Djihadistes, un court essai sous forme de lettre adressée par le "dernier homme" aux fanatiques islamistes. "L'Occident s'achève en bermuda", écrit-il, avant de lancer cette menace : "Craignez la colère du consommateur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui ont ramollis ? Eh bien nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement. [...] Nous nous battrons pour tout, pour les mots qui n'ont plus de sens et pour la vie qui va avec". Mais non sans achever sa missive sur une tonalité apocalyptique qui l'autorise à dépasser les oppositions convenues : "Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s'y trouvait entassé. A la différence des nôtres, vos démolitions s'effectuent en toute illégalité et s'attirent un blâme quasi unanime. Tandis que c'est dans l'enthousiasme général que nous mettons au point nos tortueuses innovations et que nous nous débarrassons des derniers fondements de notre ancienne civilisation". C'est bien la domination implacable de la mondialisation que dénonce en conclusion le créateur d'homo festivus : "Chers djihadistes, nous triompherons de vous parce que nous sommes les plus morts".

Alexandre Devecchio, Les enfants du siècle