lundi 27 février 2017

Bloquer l'économie, mais mesurer notre puissance de blocage à notre niveau d'auto-organisation

 Fin juin 2006, dans tout l'Etat de l'Oaxaca, les occupations de mairies se multiplient, les insurgés occupent des édifices publics. Dans certaines communes, ils expulsent les maires et réquisitionnent les véhicules officiels. Un mois plus tard, les accès à certains hôtels et complexes touristiques sont bloqués. Le ministre du Tourisme parle de catastrophe "comparable à l'ouragan Wilma". Quelques années plus tôt, le blocage était devenu l'une des principales formes d'action du mouvement de révolte argentin, les différents groupes locaux se portant mutuellement secours en bloquant tel ou tel axe, menaçant en permanence, par leur action conjointe, de paralyser tout le pays si leurs revendications n'étaient pas satisfaites. Une telle menace fut longtemps un puissant levier aux mains des cheminots, électriciens-gaziers, chauffeurs routiers. Le mouvement contre le CPE n'a pas hésité à bloquer gares, périphériques, usines, autoroutes, supermarchés et même aéroports. Il ne fallait pas plus de trois cents personnes, à Rennes, pour immobiliser la rocade pendant des heures et provoquer quarante kilomètres de bouchons. 
     Tout bloquer, voilà désormais le premier réflexe de tout ce qui se dresse contre l'ordre présent. Dans une économie délocalisée, où les entreprises fonctionnent à flux tendu, où la valeur dérive de la connexion au réseau, où les autoroutes sont des maillons de la chaîne de production dématérialisée qui va de sous-traitant en sous-traitant et de là à l'usine de montage, bloquer la production, c'est aussi bien bloquer la circulation.
     Mais il ne peut s'agir de bloquer plus que ne l'autorise la capacité de ravitaillement et de communication des insurgés, l'auto-organisation effective des différentes communes. Comment se nourrir une fois que tout est paralysé ? Piller les commerces, comme cela s'est fait en Argentine, a ses limites ; aussi immenses que soient les temples de la consommation, ils ne sont pas d'infinis garde-manger. Acquérir dans la durée l'aptitude à se procurer la subsistance élémentaire implique donc de s'approprier les moyens de leur production. Et sur ce point, il paraît bien inutile d'attendre plus longtemps. Laisser comme aujourd'hui à deux pour cent de la population le soin de produire l'alimentation de tous les autres est une ineptie historique autant que stratégique. 

comité invisible, L'insurrection qui vient