jeudi 19 janvier 2017

J’attends encore la thèse qui prouvera que M. de Robespierre appartenait au sexe faible

La révolution de 89 a des causes frivoles comme la mauvaise rentrée des impôts, la faiblesse du Roi, l’argent anglais. Je voudrais parler ici de motifs plus sérieux. On peut dire, par exemple, que les Français étaient amoureux de la Reine et ne lui pardonnaient pas de la voir flirter avec des étrangers. On peut dire encore que la bourgeoisie avait envie d’occuper les meilleures places dans la vie ; et la vie, c’était avant tout le théâtre, comme en témoigne le fameux incident de Grenoble, qui fit du jeune Barnave un radical-socialiste, de la nuance de M. Herriot. Tout le côté sordide et niais de la révolution (qui en comporte d’assez beaux ; enfin ils m’auraient plu à l’époque) tient dans la rancune d’une petite bourgeoise de province. J’attends encore la thèse qui prouvera que M. de Robespierre appartenait au sexe faible. 

Roger Nimier, Le Grand d'Espagne