samedi 17 décembre 2016

Le pédophile impuni du Quai d’Orsay


Depuis quelques années, les affaires de pédophilie sont, elles, traitées avec moins de légèreté. « Longtemps, la maison ne disait rien, voire laissait partir des diplomates suspects de pédophilie dans des pays où les enfants étaient des proies faciles, révèle une ancienne cadre du service du personnel. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui ». Plusieurs diplomates importants, mais jamais des ambassadeurs, ont été radiés puis traînés devant les tribunaux pour de tels actes. A l’image d’un consul général à Tamatave (Madagascar), condamné en 1997 ; ou d’un consul d’Alexandrie (Egypte), condamné en 2008 à six mois de prison ferme pour avoir agressé sexuellement un garçon de treize ans
Il reste encore des cas d’impunité. Ainsi ce jeune diplomate détaché récemment du Quai d’Orsay au siège des Nations Unies à New York. Comme il n’a été ni condamné ni officiellement sanctionné, on ne peut pas citer son nom. M. X. ne sort pas de l’ENA mais il est diplômé d’une prestigieuse école. Un jour de 2013, le FBI monte une opération anti-pédophilie. Parmi les numéros de téléphone des prédateurs, il déniche celui d’un officiel de l’ONU : M. X. L’homme est immédiatement démis de ses fonctions par Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’organisation. 
Le Quai pourrait remettre le jeune homme à la justice américaine. Mais il veut protéger l’image de la France, terne après l’affaire DSK, autant que la réputation de la maison. M. X. est simplement rappelé. Comme il n’est pas sûr que son immunité diplomatique couvre de tels faits et qu’il a encore en mémoire l’arrestation de l’ancien patron du FMI sur le tarmac de l’aéroport Kennedy, il se rend discrètement en voiture à Montréal, d’où il s’envole vers Paris. 
Au Quai, on le prévient qu’il ne sera plus jamais affecté à l’étranger. Mais on ne le poursuit pas et on ne le renvoie pas. On lui confie même un drôle de placard pour un prédateur sexuel utilisant Internet pour assouvir ses pulsions : gérer les réseaux sociaux d’une direction de la maison ! Il y demeure quelques mois. Puis un ancien diplomate de haut rang reconverti dans une prestigieuse banque d’affaires le recrute. Mais il n’est pas rayé pour autant des cadres du ministère. La preuve : en septembre 2015, M. X. a pris part à la conférence des ambassadeurs et, simple négligence ou volonté de passer l’éponge, son nom apparaît dans un jury de concours interne au Quai d’Orsay... 

Vincent Jauvert, La face cachée du Quai d’Orsay