lundi 19 décembre 2016

Incendie d'un foyer de travailleurs migrants à Boulogne : quand l'extrême droite est visée alors que c'est un règlement de comptes entre migrants

Un incendie s’est déclaré dans un centre d’accueil pour travailleurs migrants, dans la nuit de jeudi à vendredi à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine. Selon nos informations, deux personnes se sont défenestrées et une est décédée. La piste criminelle est privilégiée par la police. 

La piste criminelle est privilégiée, selon une source policière, après l'incendie s'est déclaré dans la nuit de jeudi à vendredi entre 3h30 et 3h45 dans un centre d'accueil pour travailleurs migrants situé 27, rue Nationale à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Selon le président du comité des résidents interrogé par LCI, deux personnes du foyer Coallia (association accueil formation travailleurs migrants) se sont défenestrées et une a perdu la vie. Un pronostic vital est par ailleurs engagé pour une autre victime et cinq autres personnes ont été hospitalisées pour des blessures plus légères.

D’après le commandant Moulin, porte-parole des pompiers de Paris joint par LCI, "l’incendie s’est déclenché au rez-de-chaussée de l’immeuble, avec un début de propagation dans l’escalier. Deux personnes se sont défenestrées, l’une du deuxième étage et l’autre du cinquième. Six résidents ont pu être sauvés d’une mort certaine par les pompiers qui, dans une opération périlleuse, sont allés les chercher avec des échelles à mains".

Au total, 250 personnes ont dû être évacuées du centre. "Les blessés ont été transportés à l'hôpital et l'incendie a été rapidement maîtrisé", a ajouté le commandant Moulin. Arrivés dès 3h50 ce vendredi matin après un appel reçu dix minutes plus tôt, 70 pompiers et dix engins ont été mobilisés pour veir à bout des flammes.

Des traces de combustibles retrouvées dans le hall 
Selon les premiers éléments de l'enquête, des traces de combustibles et d'accélérateur de feu ont été retrouvés dans le hall d'entrée de ce bâtiment qui compte six étages et 78 logements en proche banlieue parisienne.

"C'est un foyer qui pose problème, avec activités et restaurants clandestins. L'ambiance y est délétère avec des rixes entre résidents et des trafics", a indiqué le ministère de l'Intérieur. "L'un des blessés est soupçonné d'être l'incendiaire, il est par ailleurs résident. Il est donc probable qu'il s’agisse d'un règlement de comptes interne", a-t-il ajouté, évoquant le placement en garde à vue de l'individu concerné dans un délai proche.

Joint par LCI, le parquet de Nanterre indique avoir ouvert une enquête pour déterminer les causes du sinistre et avoir saisi la police judiciaire des Hauts-de-Seine. Réaction du Gouvernement

Sur son compte Twitter, le Premier ministre Bernard Cazeneuve a exprimé sa "solidarité avec les victimes de l'incendie".
Solidarité avec les victimes de l'incendie du foyer de jeunes travailleurs migrants de Boulogne-Billancourt. Toute la lumière sera faite.

 Un peu plus tard ce vendredi, Bruno Le Roux, ministre de l'Intérieur a exprimé son "soutien aux blessés" et à "leurs proches". A 17 heures, un communiqué de presse était envoyé par l'Elysée. 

Dans celui-ci, le président de la République "condamne cet acte intolérable et demande que toute la vérité soit faite sur ce drame". 


OUI MAIS...

En attendant les résultats de l’enquête, le ministère de l’Intérieur évoque un «probable règlement de comptes», écartant la piste raciste au profit d’un conflit interne. 

Pendant longtemps, le foyer abritait les ouvriers de Renault, quand le constructeur automobile constituait encore le poumon industriel de Boulogne-Billancourt. Depuis, le constructeur a quitté l’île Seguin, mais le foyer accueille toujours plus de 300 travailleurs immigrés, dont une majorité de Sénégalais. Certains habitent ici depuis l’ouverture du lieu, en septembre 1974. La plupart travaillent pour des collectivités publiques, à la propreté des villes et des jardins, ou bien comme plongeurs dans des restaurants. 

Cet incendie criminel s’inscrit dans un contexte social tendu. Depuis sept mois, les résidents sont en grève des loyers, refusant de payer pour des conditions jugées indignes, en dépit de mensualités loin d’être dérisoires. Une chambre de 16 mètres carrés avec trois lits se loue ainsi plus de 600 euros par mois. Vendredi après-midi, lors d’une assemblée générale improvisée dans la cafétéria du foyer, une centaine de personnes se sont réunies autour de Bakary Cissoko, le président du comité des résidents. 


Encore une fois, la piste de l'extrême droite est directement évoquée par les pouvoirs publics, se focalisant sur un objectif, dans leur paranoïa constante. La réalité est plus dure à digérer pour eux, outre les trafics, c'est ici un règlement de comptes qui est à l'origine de ce drame. Il est désormais important que le Gouvernement fasse bien la lumière et la différence, en reconnaissant s'être trompé, et en condamnant cet acte intolérable comme il se doit, Monsieur le Président de la République...