vendredi 18 novembre 2016

Voies sur berge : le rapport qui dénonce l'explosion des embouteillages à Paris


Révélé par Le Figaro, le rapport commandé par Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, sur les effets de la fermeture des voies sur berge est accablant pour la Mairie de Paris. 
C'est désormais la grande pagaille dans la capitale mais aussi en banlieue. La piétonnisation des voies sur berge rive droite, qui a indiscutablement aggravé la circulation dans Paris, provoque, en effet, de sérieux ralentissements bien au-delà de ses murs. Le trafic est désormais plus dense sur un périphérique déjà saturé et les temps de parcours se sont aggravés sur la rocade plus éloignée de l'A86. 

Tels sont les nouveaux enseignements tirés du deuxième rapport d'étape commandé par la région Île-de-France et que révèle Le Figaro. Valérie Pécresse, présidente LR du conseil régional, a en effet décidé de confier à un comité d'experts indépendant le suivi de l'évolution du trafic depuis la fermeture très controversée de la berge aux automobilistes, depuis septembre dernier, et d'en publier chaque mois les résultats. Pour cet observatoire que préside Pierre Carli, médecin-chef du Samu de Paris, de nombreux organismes sont rassemblés. Parmi eux Airparif, Bruitparif ou encore l'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU) d'Île-de-France. Par l'intermédiaire de ces spécialistes, il s'agira donc aussi d'analyser les conséquences en matière de pollution de l'air et de bruit. Tels sont les objectifs de la région, qui entend ainsi jouer un rôle dans les discussions à venir autour des conséquences de cette piétonnisation et pour laquelle trois autres observatoires ont été mis en place. À côté de celui de la Ville, se trouvent celui de la préfecture de Paris et celui de la Métropole du Grand Paris.

Or, dans ce deuxième rapport, Valérie Pécresse trouve de quoi alimenter les reproches qu'elle adresse à Anne Hidalgo, qui agit, regrette-t-elle, sans concertation avec les élus de banlieue. Car cette fermeture a des conséquences nettes sur les réseaux ceinturant Paris. En comparant le mois de septembre de cette année à celui de 2015, les experts ont relevé divers points où la circulation s'est dégradée. Ainsi, aux heures de pointe le soir, le temps de parcours a augmenté de 16 % du côté de Vélizy (Yvelines) sur la rocade de l'A86. Il est en progression de 22 % sur le même axe entre Thiais et Créteil (Val-de-Marne). Dans ce secteur, la situation est d'ailleurs plus critique le matin, avec une aggravation de 28 %. Déjà saturé aux heures de pointe, le périphérique accuse, quant à lui, des embouteillages plus lourds surtout à l'ouest de Paris. Sur certains tronçons, le temps de parcours le soir est plus long de 11 %, voire de 20 %. Le matin, la perte de temps supplémentaire derrière un volant peut même aller jusqu'à 25 %. 

Dans Paris, la piétonnisation a sérieusement congestionné le trafic. Celui-ci a parfois progressé de 51 % sur une partie des quais hauts, où se sont reportés en grand nombre les automobilistes depuis la fermeture de la voie basse. Ces derniers doivent alors prendre leur mal en patience avec neuf minutes de plus de trajet le soir, soit une hausse de 135 %. Sur le boulevard Saint-Germain, autre axe de report, le trafic a, sur certaines parties, fait un bond supplémentaire de 21 %, soit 7 minutes supplémentaires derrière le volant à attendre. Les experts soulignent aussi que d'autres rues, bien plus éloignées des berges, sont affectées par cette piétonnisation. C'est le cas de la rue de la Convention, dans le XVe arrondissement, où les riverains s'exposent à plus de 25 % de trafic routier supplémentaire. 

Dans ces 61 pages de rapport où les chiffres se succèdent, l'observatoire relève que ceux qu'il produit traduisent globalement une dégradation bien plus forte que ceux communiqués par la Ville. «La Préfecture de police, qui suit aussi l'évolution, devra en tenir compte», souligne un spécialiste. Or, dans une première synthèse rendue il y a quelques jours, celle-ci a indiqué que ses propres analyses rejoignaient plutôt celles de la Ville de Paris qui rappelle que la Région n'a pas compétence en ce domaine. Contestant les données sur la banlieue, l'équipe d'Anne Hidalgo indique aussi que les chiffres dans Paris sont toujours en dessous des études d'impact. 

Enfin, les experts ont questionné les services des urgences sur leur temps de transport. La plupart d'entre eux notent qu'ils arrivent en général une minute plus tard par rapport à 2015. Une minute précieuse, car elle équivaut à 10 % de perte de chances de sauver une personne victime d'un arrêt cardiaque. Pour finir, quelques données nouvelles sont fournies sur les nuisances sonores. Celles-ci ont été multipliées par deux, notamment la nuit, sur une partie des quais hauts. Mais le rapport ne renferme aucune donnée sur l'air, Airparif venant seulement d'installer ses nouveaux points de mesure.