lundi 14 novembre 2016

La déconnexion du politique face au milieu infirmier


Le 8 novembre 2016 eut lieu une grève nationale des infirmières toutes catégories confondues : infirmières de l'hôpital public, du privé mais aussi libérales, les infirmières spécialisées (puéricultrices...) et les étudiants infirmiers. Cette grève fait suite à la vague de suicides qui a secoué le milieu infirmier cet été mais aussi à la colère de tous les soignants qui subissent les « réformes » économiques, sous pression, sans aucune considération. Un mot d'ordre : pouvoir travailler dans des conditions plus humaines pour le soignant comme pour le soigné. 

Les « réformes économiques » ne sont pas nouvelles dans le secteur de la Santé, mais, depuis 2015, elles se succèdent à un rythme effreiné. 

Le nouveau plan économique prévoit de faire une économie de 3 milliards d'Euros, en supprimant environ 16.000 lits et 22.000 postes infirmiers (non remplacement des départs ), en diminuant les budgets intérim, en réduisant les coûts d'achat de matériel, en supprimant de certaines activités des hôpitaux ou encore en regroupant les services spécialisés au sein d'un même groupe hospitalier. Prenons un exemple : le service de pneumologie de l’hôpital Saint Antoine a été fusionné avec celui de Tenon, plus de pneumologie à Saint Antoine, le personnel a été muté à Tenon ou a changé de service. La cotation des soins ayant été revue à la baisse, l'activité des services doit augmenter, les hospitalisations doivent être le plus courtes possibles, sinon on perd en rentabilité. Dans certains hôpitaux, même la nourriture est rationnée ! 
Conséquences pour les soignants : augmentation de la charge de travail, de plus en plus de soins, pour des patients de plus en plus difficiles à soigner , en un minimum de temps. 

Derniers coup dur à l'hôpital public : la réforme Hirsch. 
Imposée depuis le 1e septembre 2016, malgré l'opposition d'une écrasante majorité des soignants, elle maintient les 35 heures par semaine mais change les horaires des soignants afin de supprimer des jours de repos sur l'année, met en place des journées travaillées de 12 heures le week-end et l'obligation de travailler sur un roulement d'horaires soit du matin, soit de l'après midi. 
Chez les infirmières libérales, la grogne monte aussi : certains actes infirmiers seront délégués à d'autres professionnels de santé ou non. Dans certaines régions la CPAM refuse de rembourser les déplacements des infirmières, ne rembourse qu'à moitié ou pas du tout certains actes réalisés, ce qui fait que les libéraux ne les facturent plus... 

Actuellement, on demande aux infirmières de soigner les patients, mais aussi de tracer chaque soin , chaque événement, sur différents supports, de se former continuellement, d'encadrer les étudiants, de gérer les imprévus, les patients et les familles en un minimum de temps. 

Il faut aussi faire face au personnel absent : aller les remplacer dans d'autres services ou prendre en plus de son poste les patients de la collègue absente, faire des heures supplémentaires pour pallier le manque d'effectifs... 
Il leur en est demandé toujours plus, avec toujours moins de moyen et de personnel, sans aucune reconnaissance ni considération. 
Les médias se sont fait l'écho de la montée des violences à l'encontre des soignants sur leur lieu de travail. Ce qui est moins connu, c'est qu'ils ne sont ni protégés, ni soutenus lors de ces incidents. 

Dans les « réformes » mises en place, il a été proposé de créer une nouvelle profession, mi infirmière mi aide-soignante. Cette chimère permettrait d'embaucher du personnel moins payé qu'une infirmière pour réaliser les mêmes soins. Il a aussi été proposé d'embaucher des infirmières étrangères qui n'ont pas la même formation que les infirmières françaises, et où l’on voit bien la logique mondialitste de nos gouvernants. Celles-ci seraient aussi moins payées qu'une infirmière de France. Ces idées pernicieuses, libérales et mondialisées mettraient la profession d'infirmière en danger de disparition. 

Si aujourd'hui les infirmières sont en grève et manifestent, c'est pour demander des conditions de travail plus respectables afin de dispenser des soins de qualité aux malades. Qu'on les écoute, que Marisol Touraine, ministre de la Santé, mais aussi Martin Hirsh, directeur général de l'APHP, et toutes les personnes qui prennent part aux réformes de Santé entendent leur détresse. 

Elles veulent que leurs conditions de travail soient améliorées pour garantir la sécurité et la qualité des soins, que leur rôles et leurs compétences soient reconnus, que les étudiants infirmiers puissent bénéficier d'une formation de qualité, que les infirmiers libéraux puissent exercer pleinement leurs compétences. La santé et la qualité de vos vies sont à ce prix. 

Morgane, infirmière