dimanche 2 octobre 2016

Madame Nhu, « reine du Vietnam »


Un article paru au printemps 2011 dans un journal du Vietnam communiste nous apprit le trépas, à 87 ans, dans un hôpital romain, de Tran Le Xuan, « Joli Printemps », plus connue en Occident sous son nom d'épouse : Madame Nhu. Figure célébrissime et décriée puis complètement oubliée de la résistance politique anti-marxiste en Indochine, cette fille de la bourgeoisie hanoïte francisée, née en 1924, fut de 1955 à 1963la roborative égérie du régime de son beau-frère célibataire, Jean-Baptiste Ngo Dinh Diem (1901-1963) ; elle avait épousé en 1943 l'un des cinq frères – bel homme Ngo Dinh Nhu (1909-1963) – du futur président Diem. D'un anti-communisme flamboyant, nationaliste, catholique, monarchiste (malgré le renversement du treizième empereur annamite Bao-Daï – 1901-1997 – opéré par l'ex-royaliste Diem en 1955 via un référendum truqué), francophone, lançant ses quatre vérités aux bouddhistes adeptes du chantage à l'immolation par le feu ou aux Américains (« Vos libéraux sont pires que les communistes ! ») ; très féminine, fidèle à la seyante tunique nationale, mère de quatre enfants, anti-avortement et anti-opium, elle avait tout pour déplaire à la presse occidentale… Même morte, de vindicatifs publiciste parisiens, du Figaro au Monde, ont ressorti contre elle les vieux ragots de leurs ainés : « Enjôleuse et cassante », « cruelle et très puissante », tout à la fois « scandaleuse femme fatale » ou « moralisatrice pudibonde »… 

Seuls quelques Indochinois anonymes, sur Internet, après son décès, ont dit leur respect pour celle qui, durant huit longues et sombres années, fut une véritable reine sans couronne du Vietnam méridional, toujours sur la brèche : « Grande dame intelligente sachant que les Américains allaient trahir en osant les critiquer sur leur propre sol ». 

La suite dans La Chronique de Péroncel-Hugoz publié dans le 56ème numéro de la Nouvelle Revue d'Histoire