dimanche 18 septembre 2016

Un monstre est né : Bayer achète Monsanto pour 59 milliards d’euros


Dans un communiqué du jour, l’entreprise allemande Bayer a annoncé l’achat de la firme américaine Monsanto Company pour un montant de 59 milliards d’euros. Le géant de l’industrie pharmaceutique engloutit le monstre des biotechnologies pour le meilleur, mais surtout pour le pire. 

Un achat historique 
L’annonce a été faite ce matin même. Le chimiste allemand Bayer a annoncé l’achat de l’entreprise le plus controversé au monde : Monsanto. Le géant des semences OGM vient d’être acquis pour 66 milliards de dollars soit 59 milliards d’euros. C’est l’acquisition la plus chère jamais réalisée par un groupe allemand. Cela faisait cinq mois que ce dernier tentait d’acquérir l’inventeur de Roundup. Bayer devient aujourd’hui le numéro un mondial à la fois des pesticides et des semences.

L’eurodéputé Eric Andrieu s’alarme de l’accord de fusion entre Bayer et Monsanto et appelle la Commission européenne à empêcher cette fusion. Pour le Vice-Président de la Commission Agriculture du Parlement européen, "cette fusion va se traduire par une hausse des prix et va fortement limiter les agriculteurs dans leur choix produits phytosanitaires. Rien de bon ne peut venir d’un monde où une multinationale vendrait un paquet complet -semences OGM, engrais et pesticides chimiques." L'eurodéputé socialiste du Sud-Ouest ajoute qu'il faut : "empêcher cette fusion économiquement dangereuse pour les agriculteurs mais aussi désastreuse pour la sécurité alimentaire de tous les européens. Nous ne pouvons laisser un opérateur plus puissant qu’un État aux portes de Bruxelles !" 

Chiffres clés 
Le nouveau groupe créé pèsera 95 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Pour ne parler que du mastodonte de l’agrochimie, selon les derniers chiffres publiés dans son rapport annuel de 2015, Monsanto c’est : 
  • 22.500 employés, dans 66 pays 
  • Un chiffre d'affaires de 15 milliards de dollars 
  • Un bénéfice net de 2,3 milliards de dollars 
Le géant, bien que convoité, évolue dans un environnement instable. Le secteur de l’agrobusiness est en crise suite à la chute des cours des matières premières. Les résultats net de l’entreprise ont baissé de 15% l’année dernière, ce qui a engendré une suppression de 3.600 postes sur 3 ans. De plus, une restructuration était vue comme nécessaire par certains et la complicité d’un chimiste s’avère nécessaire pour continuer à vendre le package semences-pesticides. 

Mais combien de temps encore cette entreprise arrivera-t-elle à vendre ses produits ? Peut-être le temps qu’il faudra pour que les consommateurs identifient facilement les produits à boycotter ou mieux… que tout le monde consomme des produits issus de l’agriculture biologique. On ne vous refait pas le discours, lecteur de Bio à la Une, vous êtes déjà convaincus. 

L’agrochimie, un monde en fusion 
Il y a quelques mois, l’entreprise chinoise ChemChina a acquis le Suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars. Syngenta n’est autre que l’ancien numéro un mondial des pesticides que Monsanto a déjà tenté d’acheter deux fois sans succès. 

De l’autre côté de l’Atlantique, les gros bonnets du secteur sont actuellement en train de fusionner. Nous parlons des Américains DuPont et Dow Chemical (spécialistes des pesticides) et des Canadiens Potash Corp et Agrium qui deviennent numéro un mondial des engrais. 

Tribunal, marches mondiales : une opposition grandissante 
Plus que jamais, les citoyens du monde entier se mobilisent contre l’univers de l’agrochimie avec Monsanto comme bouc émissaire. Exemple bien connu, tous les ans se tient la marche mondiale contre Monsanto dont la dernière édition a été organisée dans 400 villes du monde (une trentaine de villes en France). 

Le 14 et 16 octobre prochain se tiendra à La Haye aux Pays-Bas un tribunal international baptisé “Tribunal Monsanto”. L’entreprise sera jugée pour “écoide” ou destruction de l’environnement. Cette initiative est fondée par un collectif de juristes, d’avocats, d’ONG et de célébrité comme Vandana Shiva, Corinne Lepage, Marie-Monique Robin, Gilles-Eric Séralini, Olivier de Schutter. Véritable mobilisation de la société civile, les juges entendront des témoignages de victime et livreront une opinion juridique suivant les procédures de la Cour Internationale de Justice.